Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3.1859

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LES LIVRES DES AMIS

La mode ne date pas d'hier, de
ces recueils de dessins, de sentences
ou de signatures que nous appelons
des Albums. Guibert de Nogent ra-
conte que l'un de ses parents, dès le
commencement du xie siècle, « avait
une habitude très-élégante. Toutes
les fois qu'il rencontrait quelqu'un
qu'il savait avoir quelque distinction
dans les lettres, il exigeait de lui
qu'il écrivît, à son choix, un mor-
ceau de prose ou de vers dans un petit
livre qu'il portait toujours sur lui pour
cet usage. » Si nous ne connaissons
aucun de ces recueils se rapportant
à l'époque du moyen âge, il en existe
un certain nombre du temps de la
Renaissance, dont plusieurs ont passé
sous nos yeux. Un de ces livres ap-
partenait à l'architecte Lassus. C'était un petit volume dont toutes les pages
étaient encadrées d'un ornement gravé sur bois, espèce de nielle typo-
graphique formé d'arabesques dans le genre de celles dont Jean de
Tournes, imprimeur à Lyon, décorait ses livres. Toutes les pages étaient
restées blanches; mais sur le premier feuillet on avait imprimé ces mots :
Liber Amicorum. Il était bien nommé « le Livre des Amis, » cet assemblage
de feuillets destinés à recevoir ce qu'il y a de plus personnel et de* meil-
leur en eux : une pensée morale, une devise, expression concise de leur
idéal on de leurs désirs, tracée en quelques lignes de leur écriture et
suivie de leur seing. Ils se mettaient là tout entiers, par ces signes si
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