Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3.1859

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L'ART ET LES FEMMES EN FRANCE

MADAME DE POMPADOUR

( Fin. )

L'éloge de Mme de Pompadour, considérée comme protectrice des arts
et des lettres, et même comme femme de sens et de talent, nous est par-
venu dans maint écrit émanant des meilleures sources et des plus sûres, si
l'on veut bien remarquer que l'indépendance et la grandeur des situations
sont un garant irrécusable de la sincérité des jugements.

Voltaire, celui que M. Arsène Houssaye appelle le Roi, et qui brisa
plus de sceptres, avec sa mordante ironie, qu'il ne distribua de couronnes,
crut cependant devoir en accorder une à l'illustre bienfaitrice. Il lui "écrivit
et imprima en tête d'un de ses ouvrages les plus bruyamment accueillis :
« J'ose vous remercier publiquement du bien que vous avez fait à un très-
grand nombre de véritables gens de lettres, de grands artistes, d'hommes
de mérite en plus d'un genre.

a Vous avez fait du bien avec discernement, parce que vous avez jugé
par vous-même ; aussi je n'ai connu ni aucun homme de lettres, ni aucune
personne sans prévention, qui ne rendît justice à votre caractère, non-
seulement en public, mais dans les conversations particulières où l'on
blâme beaucoup plus qu'on ne loue.»

Un des hommes le plus intègres dont la magistrature française s'honore,
le président de Meinières, qui se retira du parlement plutôt que de céder
sur ce qu'il appelait les droits imprescriptibles de ce corps illustre, dit, en
rapportant une conversation qu'il eut à ce sujet avec Mme de Pompadour,
et à la suite de laquelle il envoya sa démission au roi, a j'avoue que je
fus émerveillé de la facilité de l'élocution de Mme la marquise, de la jus-
tesse des termes, et que je la considérois avec autant de plaisir que d'at-
tention en l'entendant parler si bien. 11 falloit parler à mon tour et j'avoue
que l'étonnement où j'étois m'avoit fait telle diversion, qu'à peine je son-
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