Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3.1859

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H ERRE HA LE VIEUX

L'école espagnole a de plus grands peintres que Herrera le Vieux ;
elle n'en a peut-être pas qui ait exprimé aussi Lieu que lui le génie de la
race, le caractère du pays où il est né et du temps où il a vécu. Sans
doute, ce n'est qu'un artiste secondaire, et son œuvre appelle la discussion ;
mais, en examinant de près l'histoire des autres écoles, on voit, par plus
d'un exemple que, à l'heure où les maîtres puissants, toujours en quête
de l'idéal, marchent dans l'absolu et l'universel, les talents inférieurs,
retenus au sol par leur infirmité même, se maintiennent ordinairement
plus près des réalités contemporaines et reproduisent avec une naïveté
plus entière l'accent particulier, l'intime physionomie du milieu social
qui les influence. Leur œuvre n'est ni éternel ni sublime; mais ils lui
impriment à leur insu un cachet historique, et, du bout de leur pinceau,
ils se racontent eux-mêmes et écrivent les mémoires de leur temps.

Herrera le Vieux, dont le nom seul a une tournure farouche et inquié-
tante, est, sous ce rapport, une des personnalités les plus curieuses de
l'art espagnol. Le tableau dont le Louvre s'est récemment enrichi nous
est un prétexte pour étudier cette étrange figure, et nous profitons de
l'occasion qui nous est offerte pour dire, sur le compte de l'auteur de
. Saint Basile, le peu que nous avons pu apprendre. Qui le croirait? Fran-
cisco de Herrera, celui qu'on a surnommé El Viejo pour le distinguer
de ses fils, est né en pleine Andalousie, à Séville : ce sombre génie, ce
furieux peintre a grandi dans cet heureux pays où, s'il en fallait croire
les faiseurs de romances, tout serait poésie, enchantement et lumière.
\insi, — et ce détail parait contredire notre théorie,— il s'est développé
aux rayons de ce soleil qui allait bientôt faire resplendir avec Murillo la
Qeur amoureuse de l'école sévillane.

Mais le xvie siècle devait durer à Séville plus que partout ailleurs :

lorsque Herrera vint au monde, en 1576, l'Andalousie était très-bonne

catholique, et le temps n'était pas encore venu de cet art attendri, de cette

dévotion galante, de ces gloires lumineuses où Murillo extasie ses Vierges
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