Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 2.1869

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

une décoration postérieure, il faut, par la pensée, dégager ce petit mo-
nument de ses adjonctions pour en reconnaître la valeur. On est alors
largement récompensé de cet effort en retrouvant un charmant édifice,
élevé entre 1230 et 1240, c’est-à-dire au moment où l’art du moyen âge
était dans toute sa splendeur. Cette chapelle, peu connue, serait donc de
quelques années antérieure à la Sainte-Chapelle de Paris; elle est com-
prise dans un style large, franc, parfaitement en rapport avec l’échelle
de l’édifice, et nous ne sommes pas seul à la considérer comme d’une con-
ception supérieure à sa sœur du Palais de justice.

Plusieurs parties importantes des diverses demeures qui se sont suc-
cédé à Saint-Gex’main ayant été conservées dans le palais actuel, nous
serons obligé, au fur et à mesure de notre description, de rappeler
quelques faits touchant l’histoire du château. Nous nous bornerons, bien
entendu, à ceux qui ont un rapport direct avec la construction ou qui
aident à fixer la date de telle partie des bâtiments.

En 134(5, le château est pris et brûlé par les Anglais; seule la cha-
pelle échappe à l’incendie et reste debout au milieu des ruines. Environ
vingt ans après, en même temps qu’il faisait faire de grands travaux au
Louvre et à Vincennes, le roi Charles V rebâtit le château de Saint-Ger-
main pour y séjourner habituellement. Cette reconstruction du xive siècle
était des plus importantes ; des substructions très-étendues, dont on a
pu constater l’époque par la taille des parements, ainsi que le donjon
formant un des angles du château actuel, le montrent jusqu’à l’évidence.
Mais en 1419 le château est pris et ruiné de nouveau.

Nous arrivons à François Ier, avec lequel commence une ère nouvelle
pour Saint-Germain. Ce roi, dont le séjour en Italie avait développé le
goût pour les constructions, résolut de rebâtir la résidence de ses prédé-
cesseurs suivant une disposition^nouvelle en accord avec les idées du
moment et qui lui permît d’y habiter avec la cour élégante dont il aimait
à s’entourer. De curieux renseignements sur cette réédification du
xvie siècle nous sont fournis par un contemporain, le célèbre graveur
Jacques Androuet du Cerceau, quia publié le nouveau château royal dans
ses plus excellons bastimens de France. Voici ce qu’il dit à ce sujet :

« Or, est-il advenu que le Roy François premier trouvast ce lieu plaisant,

« feit abbattre le vieil bastiment, sans toucher neantmoins au fondement
« sur lequel il fist redresser le tout côme on le voit pour le jourd’huy,

« et sans rien changer du dit fondement, ainsi que l’on peut cognoistre
« par la court d’une assez sauvage quadrature. Ses paremens, tant
« dedans que dehors, et encougnures, sont de brique assez bien accous-
« trée : et y estoit le dit sieur Roy en le bastissant si entetif, que l’on
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