Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 12.1875

Page: 163
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en le lisant. On croyait, à en juger par les extraits donnés par Sainte-
Beuve, que tout l'ouvrage était au niveau des passages que le critique
avait encadrés dans sa prose élégante, et lorsque l'on se trouvait en face
de la réalité, lorsque l'on constatait certaines longueurs ou surtout cer-
tains caractères incomplètement dessinés, on ne tardait pas à reconnaître
que c'était au talent d'exposition de Sainte-Beuve, au moins autant qu'au
mérite même de l'ouvrage, qu'il fallait rapporter la bonne impression que
l'on avait ressentie.

Ce besoin impérieux de s'adonner à la littérature eut pour Gavarni

un résultat autrement fâcheux que celui de lui faire perdre des heures
qu'il eût certes employées plus utilement dans une autre voie; il entrava
son indépendance pour un temps. Non content d'écrire des nouvelles
qu'il eût pu facilement, s'il avait voulu s'en donner la peine, faire insé-
rer dans les revues qui paraissaient à cette époque, il lui vint la malen-
contreuse idée de fonder un journal. Il n'avait malheureusement aucune
des qualités requises pour mener à bien une entreprise de ce genre. Il
ne sut pas se former une clientèle qui, seule, eût pu faire vivre le recueil
qu'il avait fondé; il ne lui fut pas possible de grouper autour du Journal
des gens du monde assez de lecteurs pour être en mesure de lui assurer
une longue vie. Il avait cependant appelé à lui les gens de lettres et les
artistes qui jouissaient de la faveur publique ; il avait fait à Alexandre
Dumas, à Henri Berthoud, à Alphonse Karr, à George Sand et à quelques
autres littérateurs un appel qui avait été entendu; Jean Gigoux, Charlet,
les Devéria, le comte Turpin de Crissé, les Johannot et Isabey avaient
offert à leur confrère de lui fournir périodiquement des dessins. Il sem-
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