Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 12.1875

Page: 384
DOI issue: DOI article: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/gba1875_2a/0400
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

Pise. Ce n'est pas le lieu d'apprécier et de discuter ces conceptions multiples et pour
la plupart si profondément empreintes du génie de Michel-Ange; il m'est impossible
cependant de ne pas remarquer, avec une fierté d'autant plus légitime qu'ils nous ont
été bien et dûment donnés, que, dans ce concours solennel, les Esclaves de notre
Louvre, à peine connus en Italie, tenaient le premier rang avec un éclat incomparable,
et de dire que la seule nouveauté importante de cette exposition, le Saint Jean-
Baptiste, de Pise, a paru à la très-grande majorité d'entre nous être indiscutablement
de Michel-ADge.

Dans les salles suivantes ont été réunies, d'abord les œuvres de plus petite
dimension, comme les deux anges du tombeau de saint Pétrone à Bologne, des
maquettes, comme la petite Vierge du musée de Berlin, dont il se trouvait une replica
en bronze dans le cabinet de M. Thiers, et des ébauches en cire ou en terre, comme
une admirable petite figure de fleuve et le bas-relief des Enfants d'Ugolin/à M. Fran-
chetti; puis les peintures attribuées à Michel-Ange ou d'après lui, les gravures de l'a
Galerie de Florence, par Galamatta, des dessins, des autographes et quelques autres
documents, — tout cela à l'état très-incomplet et très-confus; — et enfin, dans une
salle spéciale, une collection photographique, dont le fonds principal a été fourni par
M. Braun, d'après les peintures de la Sïxtine et d'après les dessins aujourd'hui dissé-
minés dans les grandes collections publiques et privées de l'Europe : Paris, Vienne,
Weimar, Windsor, Florence, Oxford, Lille et le British Muséum. Là encore, notre grand
musée tient le premier rang. Par le nombre (vingt-neuf dessins triés avec le goût le
plus sévère), la qualité des pièces, leur conservation admirable, leur intégrité et leur
authenticité, il fait pâlir Oxford et Florence eux-mêmes.

Mais, encore une fois, tout ceci n'est qu'un commencement de musée, et il ne faut
pas juger de ce qu'il pourra être plus tard par ce qu'il est aujourd'hui. Peu à peu
enrichi dans tous les sens, aussi bien dans celui des moulages que dans celui de la
gravure et dans celui de la photographie, il peut devenir d'un intérêt de premier ordre
et d'une curiosité sans égale.

Quant à la Casa Buonarroti elle est toujours ce que nous la connaissions, un musée
intime et fort inégal où, à côté des documents écrits, lettres, papiers de famille, auto-
graphes, dessins d'architecture et croquis de toute sorte, brillent quelques perles
d'un prix inestimable comme le bas-relief de la Guerre des Centaures et des Lapithes,
le modèle en terre cuite de la Vierge des Médicis, le bas-relief de la Vierge assise
tenant l'Enfant Jésus, l'esquisse du David et un incomparable carton à la sanguine
d'une Vierge à l'Enfant, morceau de première beauté et qui seul aujourd'hui peut-
être nous permet d'entrevoir ce que pouvait être le carton de la Guerre des Pisans.

Sur ce, mon cher ami, je ferme cette correspondance déjà trop longue, laissant
aux chroniqueurs de profession le soin de décrire les bals, les concerts et les illumina-
tions, pour lesquels sont accourus, bien plus que pour Michel-Ange, les gens de Fie-
sole et autres lieux circonvoisins, et qui doivent couronner ces jours de fêle si bien
remplis pour tous, et en somme, grâce à Michel-Ange, grâce surtout à Florence, si
mémorables et si charmants.

LOUIS GONSE.

Le Rédacteur en chef, gérant : LOUIS GONSE.

PARIS, —

3. CLAÏE, IMPRIMEUR, 7, RUE SAINT-BENOIT. —

]1650]
loading ...