Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 22.1880

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L'OEUVRE DE VIOLLET-LE-DUC.

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ployée. Lorsqu'il s'agit des arts appliqués à l'architecture, aux diverses
industries, il est incontestable que la composition est soumise à des lois
particulières et qu'elle doit tenir compte de deux éléments, de la matière
mise en œuvre et des procédés qui peuvent lui être appliqués. « La com-
position d'une œuvre façonnée à l'aide du métal fondu, battu ou forgé,
ne saurait, » dit le maître1, « convenir à celle qui emploie le bois, le
marbre, la pierre ou la terre cuite. Chaque industrie ou chaque procédé
de fabrication doit nécessairement posséder une méthode de composition
qui soit appropriée à la matière qui emploie cette fabrication et à la
manière de la mettre en œuvre. Et les beaux exemples laissés par les
siècles passés et que nous admirons tiennent compte de ces principes
élémentaires.

« Pour enseigner la composition, il faut tout d'abord définir ses
principes. Le tort de l'enseignement donné dans nos écoles, c'a été tou-
jours de présenter aux élèves des œuvres incontestablement belles d'ail-
leurs, sans indiquer jamais à qui ces œuvres s'appliquaient, de quelles
matières elles sont faites , quels sont les procédés employés par les
artistes ou artisans qui les ont produites, quelle était leur place et leur
destination.

« Aussi est-il arrivé que, dans la plupart de nos productions appar-
tenant à ce qu'on appelle l'art industriel, on signala les plus singulières
transpositions.

« En ces matières, l'absence d'un bon enseignement fait que nous
voyons reproduire avec le bois des œuvres qui appartiennent plus parti-
culièrement au métal fondu; avec le marbre ou la pierre, des formes
appartenant aux enduits moulés.

« Dans la composition de tout ce qui touche à l'architecture et aux
objets usuels, tels que meubles, ustensiles, bijoux, orfèvrerie, la pre-
mière condition est donc de se rendre compte des propriétés particulières
à la matière employée et du mode d'emploi, c'est-à-dire des moyens de
fabrication auxquels se prête cette matière. Faute d'observer ces prin-
cipes, non seulement on produit des œuvres qui sont contraires aux
règles du plus simple bon sens, mais qui sont dépourvues de charme,
qui offensent la raison autant que le goût, des œuvres fatigantes par
leur monotonie. En effet, ce qui séduit dans les ouvrages laissés par la
bonne antiquité (pour ne parler que de ceux-là), c'est la variété des
formes, conséquence de la nature de la matière employée et du pro-
cédé.

4. Histoire d'un dessinateur, p, 279,
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