Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 22.1880

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS.

c'est-à-dire en 1509, on voyait des vestiges de fresques plus ou moins
considérables dans les thermes et clans les jardins de Salluste et de Titus.
On apercevait aussi des traces de peintures dans les ruines situées sur le
Quirinal, ainsi que dans celles qui avoisinaient l'église Saint-Pierre-ès-
Liens. Sur le Palatin, la villa d'Inghirami (Phèdre de Yoltcrra), un des
plus chers amis de Raphaël, avait plusieurs de ses parois entièrement
couvertes de fresques. Albertini cite encore un tombeau de la via Salaria
orné des figures (?) de Cérès et de Bacchùs, ainsi que de pampres et
d'amphores1. Raphaël lui-même, clans son rapport à Léon X, parle des
peintures des thermes de Dioclétien, qu'il oppose à celles du temps de
Trajari et de Titus. On sait quel parti il tira des charmantes décorations
découvertes de son temps clans les thermes construits par le dernier de
ces empereurs. Mais on oublie trop qu'à cet égard il ne fit que suivre
l'exemple de Morto da Feltro, le véritable inventeur des grotesques, du
moins au témoignage de Vasari. Peut-être le maître urbinatc étudia-t-il
aussi les peintures, aujourd'hui encore conservées, de la pyramide de
Cestius.

Raphaël mit en outre à contribution les mosaïques païennes et chré-
tiennes, qui existaient alors en si grand nombre encore à Rome et dans
les environs. Dans les Loges, les fameux rinceaux peuplés d'écureuils,
de souris, d'oiseaux sont copiés, le doute n'est pas possible, sur les mo-
saïques absidales de Sainte-Marie-Majeure.

Cependant, quoique à cet égard Rome l'emportât sur toutes les villes
d'Italie, sa richesse en peintures antiques n'était pas assez grande pour
dispenser Raphaël de recourir à d'autres sources d'informations, à
d'autres modèles. Ce furent les statues et les bas-reliefs qui dévelop-
pèrent son goût, qui lui fournirent les innombrables détails de costume,
d'ameublement, d'armures, nécessaires à ses grandes compositions histo-
riques. 11 est donc indispensable, avant d'aller plus loin, de dresser l'in-
ventaire des richesses archéologiques offertes par la Ville Eternelle à son
nouvel hôte.

En thèse générale, les collections romaines étaient bien plus consi-
dérables au début du xvie siècle qu'on ne se le figure d'ordinaire. Le
savant auteur des Sculpteurs italiens^ M. Perkins, et bien d'autres encore
nous paraissent, à cet égard, être restés infiniment trop au-dessous de la
réalité. Passant en revue les ressources dont Raphaël pouvait disposer,
M. Perkins nous cite encore la phrase traditionnelle du Pogge, d'après
lequel Rome, vers le milieu du xve siècle, ne contenait plus que cinq

\. Opusculum de mirabilibus novœ et veteris urbis Romœ ; éd. de 1 545, fol. 63.
63 v°.
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