Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 22.1880

Page: 383
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LE CHATEAU DE CHANTILLY ET SES COLLECTIONS. 383

La Sainte Famille, de Perino, del Vaga, chargée de repeints, accuse
une main moins sûre et un tempérament plus incertain. La Vierge est
assise sur un banc de marbre, elle tient un livre dans la main, tandis
que le Bàmbino, posé sur son genou droit, la regarde tendrement en lui
jetant les bras autour du cou. Dans l'ombre, à droite, le saint Joseph
accoutumé s'appuie sur son bâton. La composition est toute raphaëlesque,
mais les types sont modifiés. La Vierge s'allonge, se rétrécit et déjà se
manière dans la tenue comme dans l'ajustement. Cependant l'allure
générale reste noble et l'exécution, vive et soignée, quoique un peu
poussée aux rouges brûlés clans les visages, sent encore son peintre de
haute lignée.

L'autre Sainte Famille, attribuée avec vraisemblance au Fat tore,
est une œuvre bien supérieure. C'est une répétition de cette Vierge
de Lorette dont l'original traversa les aventures les plus bizarres et
qui est aujourd'hui égaré sinon définitivement perdu. On sait que le
Musée crut deux fois le posséder : une première fois, sous l'Empire,
lorsqu'un panneau représentant ce sujet passa du Palais Braschi dans
le Musée Napoléon; une seconde fois, sous la Restauration, en 1816,
lorsqu'on acheta à M. de Scitivaux, celui qui figure actuellement dans la
grande galerie (n° 378 du catalogue de 1877). Mais les"deux exemplaires
furent reconnus successivement pour apocryphes. Le premier, qui ne
devait pas être sans mérite puisqu'on l'avait pu substituer à l'original
que possédait, en effet, le prince Braschi, fut en 1820 envoyé, avec
quelque dédain, dans la petite église de Morangis (Seine-et-Oise). Le
second a été inscrit par M. Villot au nombre des copies et gardera cette
place; nous n'hésitons pas d'ailleurs aie considérer comme inférieur
à l'exemplaire que possède Mgr le duc d'Aumale. Ce dernier, dans cer-
taines parties, notamment dans la figure du Bambino, est d'une exécu-
tion légère, vive, transparente, qui rappelle de bien près les fins mor-
ceaux du maître et décèle une main toscane qui ne s'est point encore
alourdie. On peut saisir même un certain contraste entre le dessin,
d'une noblesse fière et large, qui appartient bien au Raphaël de la période
romaine, et la peinture, d'un faire plus doux et plus mince, qui retient
encore quelque légèreté de la période florentine. Il semble qu'on ait affaire
à un élève merveilleusement intelligent, écrivant en toute liberté mais
avec quelque timidité, sous la fière dictée d'un maître qu'il a peine à
suivre ; ce contraste même nous semble une garantie de haute prove-
nance. N'est-ce pas seulement dans l'atelier de Raphaël, d'où sortaient
souvent à la fois plusieurs exemplaires de ses ouvrages disputés, que
pouvaient se manifester de telles singularités d'exécution? Il n'est point
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