Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 5. Pér. 12.1925

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LE SALON D’AUTOMNE

n a peine à reconnaître le Salon d’Automne sous l’aspect
nouveau qu’il a pris cette année, aux Tuileries. Il a
été fondé pour lutter contre toute hiérarchisation de
la production artistique, pour protester contre la classi-
fication des arts en arts majeurs et mineurs, pour affir-
mer qu’il n’y a nulle différence de dignité.entre peintres,
sculpteurs, graveurs architectes et ceux qu’on est bien
forcé encore d’appeler « décorateurs », faute d’un terme

plus convenable qui manque à la langue française pour désigner quiconque
crée de la beauté par la forme ou la couleur dans les matières les plus diverses.
Non content d’affirmer l’égale importance de tous les arts plastiques, il a de
plus accueilli libéralement urbanistes, photographes, couturiers, musiciens,
cuisiniers, littérateurs, danseurs, producteurs de films, que sais-je encore !
Et ce Salon débordant de vie tumultueuse, dont ou aimait les audaces, dont
on attendait toujours quelque initiative un peu révolutionnaire, a cette fois
l’air austère et morne d’une manifestation d’art officiel.

Le Salon d’Automne n’a pas renié cependant son idéal. Si les décorateurs
n’y ont pas installé de stands, si l’art appliqué y fait, pour une fois, figure de
parent pauvre, si la cuisine, la danse, la mode et le cinéma n’y ont plus
droit d’entrée, c’est que la place a fait défaut. Les décorateurs au moins s’en
peuvent consoler. Ils ont donné tout leur effort à l’Exposition des arts déco-
ratifs et industriels. Or c’est le Salon d’Automne qui a préparé inlassablement,
depuis près de vingt ans, cette manifestation dont on n’eùt pas pu sans lui
envisager même la possibilité. L’Exposition est en grande partie son œuvre.
11 a le droit d’en être fier el nous avons le devoir de le rappeler ici.

Il a fallu également réduire considérablement l’apport des peintres,
graveurs et sculpteurs. Ne le regrettons pas trop. Ce n’est pas la quantité
d’œuvres que présente un Salon, c’est leur qualité qui importe el, à cet
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