Revue égyptologique — 6.1891

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Eugène Revillout.

Champollion, d'abord/ et, après lui, notre illustre Mariette ont parfaitement démontré
que cet Osor-Apis était le dieu nommé par les Grecs Serapis. De son côté, mon cher maître
Brunet de Presle a longuement insisté sur ce sujet (qu'avait déjà éclairé M. Guignaut)
dans son admirable mémoire sur le Sérapéum de Memphis. Il a cité particulièrement ce
texte concluant de Clément d'Alexandrie, disant que le nom de Serapis est formé de ceux
d'Osiris et d'Apis : 26v0exov àizô te 'Ocipiâoç xat "Atuoç ^své^evov 'Oaîpamç.2

On peut affirmer qu'il n'est pas un homme s'étant occupé pendant quelques jours d'é-
gyptien ou même seulement d'histoire et de mythologie qui ne sache ces choses. Il faut être
d'une ignorance inénarrable pour ne pas connaître cette origine ou cette équivalence égyp-
tienne constante du mot Serapis et n'être égyptologue à aucun degré pour ne pas pouvoir
même distinguer en démotique le nom d'Apis.

Or M. Beugsch ne sait rien de tout cela, et, tranquillement, comme si c'était la chose
du monde la plus naturelle, il ose traduire dans une stèle bilingue portant en grec :

CEPAflEI GEUI MErEICTUI KAI TOIC CVNNAOIC GEOIC VnEP etc.

Et en démotique :

« (Proscynème) devant Osiris de Raket (!!!), le grand dieu, et devant les dieux qui
sont réunis avec lui. »

Et qu'on ne croie pas que c'est là un lapsus échappé pendant que Beugsch était pré-
occupé d'une autre question, non! il a consacré à cette insanité un article spécial dans son
Dictionnaire géographique, p. 1348, où il assimile gravement le Raket en question à <~>

^qui s'écrit en démotique d'une façon très différente), et ne nous épargne même pas

de savants commentaires remplissant une page entière!
C'est avec la même gravité du reste :

1° que dans le même Dictionnaire géographique, p. 1344, il nous parle d'«un texte
bilingue déjà connu à (sic) Champollion», et dont il avait fait un extrait dans la Zeitschrift
de 1879, p. 17, alors que le prétendu bilingue en question n'a jamais existé que dans son
imagination et que les deux inscriptions qui le composent sont absolument différentes l'une
de l'autre et faites par deux personnages différents.3

2° que dans le même dictionnaire géographique, p. 725, il nous dit qu'«il est du reste

1 Champollion, Dict. égypt., p. 64 : «jj1^ OTrc^p^m, Osorapi, noms combinés d'Osiris et d'Apis,

nom d'Osiris qui est l'origine évidente du Saparciç des Grecs et du Serapis des Latins.»

2 II faut noter qu'en grec même le temple d'Osorapis de Memphis est nommé Sérapéum et que les
papyrus grecs qui lui donnent ce nom, mentionnent aussi, comme l'a remarqué Brunet de Presle, l'ense-
velisseur en chef d'Osorapis et d'Osonnnevis, dieux éternels, o apyevTa<pia(ro]ç Oaopa7tioç -/.ai Oaopp/suioç Oewv
aeiÇoncov (sic) et leur pasteur o (3ouzoXoç tou Oaopajaoi, ce qui est entièrement d'accord avec les textes hiéro-
glyphiques et démotiques, ainsi qu'avec l'assertion de Clément. Brunet de Presle ajoute : «Les Latins ont
écrit le nom de ce dieu Serapis, les Grecs Eaparc-.ç et Sopaïuç. Cette dernière orthographe est la plus fré-
quente sur les papyrus. Il est probable que la forme la plus ancienne empruntée aux Egyptiens était 'Oaop-
a-iç. Les Grecs auront pris le premier omicron pour l'article et au lieu de dire : 6 'Oao'parci;, tou 'Oaoprâio;,
ils auront dit : 6 So'pa^tç, tou 2opaj:ioç.»

3 Voir dans mon second mémoire sur les Blemmyes les planches 13 et suivantes, et dans ma leçon
d'ouverture de l'année dernière, que nous allons publier immédiatement après ceci, la traduction des deux
inscriptions dont Brugsch a voulu faire ainsi un bilingue.
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