Revue égyptologique — 6.1891

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Leçon d'ouverture.

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LEÇON D'OÏÏVEETTJEE,

PRONONCÉE A L'ÉCOLE DU LOTJVKE, LE LUNDI, 19 DÉCEMBRE 1887.

(Suite.)

Disons-le en passant, c'est à la dernière de ces séries qu'appartient un papyrus grec,
d'un rare intérêt, récemment publié par notre illustre maître M. Leemans, et dont j'ai pu
restituer encore quelques mots d'après le fac-similé : entre autres le nom des Blemmyes,1
précédant, comme d'ordinaire à cette époque, celui de leurs vassaux, les Nobades. C'est la
requête d'un évêque des troupes de Syenne s'adressant aux empereurs Flavius Théodose et
Valentinien, les pieux Augustes, pour se plaindre des ravages des Blemmyes et les supplier
de les faire enfin cesser par une expédition dirigée à Philée même. S'agit-il alors de Théo-
dose Ier et de Valentinien II, ou de Théodose II et de Valentinien III, c'est ce qu'il serait
difficile de préciser. Si l'on choisit la première hypothèse, cette requête serait à peu près
contemporaine de nos textes démotiques. Si l'on choisit la seconde, on pourrait dire que
l'évêque des troupes de Syenne a peut-être été la cause de cette expédition si célèbre du
duc Maximin contre les Blemmyes dont j'ai longuement parlé dans mon premier mémoire.
Mais en ce cas les voeux du pieux Appion pour obtenir la constitution à Philée d'églises
chrétiennes remplaçant le temple d'Isis auraient été bien peu accomplis; car Maximin, tout
chrétien qu'il était et muni des phylactères du prophète panopolitain Sénuti, n'en jura pas
moins dans le temple d'Isis sa paix de cent ans avec les Blemmyes, en consacrant expres-
sément leurs droits sur ce sanctuaire païen.

En tout cas ce papyrus est parfaitement d'accord avec ceux que nous avions donnés
soit dans notre premier, soit dans notre second mémoire sur les Blemmyes. Il nous montre
ces barbares faisant sans cesse des irruptions dans le territoire romain pour piller les chré-
tiens et martyriser les moines, sans que les soldats osent même, suivant Appion, essayer de
leur résister.

Mais il nous faut clore cette parenthèse pour en venir de suite à un autre monument
beaucoup plus important, auquel nous faisions allusion tout-à-l'heure et qui se rapporte à la
dernière des séries énumérées plus haut : celle d'Horne/tatef et de son collègue Mentu.
Ce texte précieux, que nous traduirons cette année, a été rédigé en effet par un prince
éthiopien chargé par son «ami», le ministre Mentu, de le remplacer tant dans la grande
fête de Thot de Dakké, appelée en langue blemmye boenlo, que dans la panégyrie solennelle
d'Isis se rendant chaque année en Ethiopie, panégyrie appelée en blemmye Unat'ep par
Xemi, l'arbaten-keri d'Isis la grande. Siaritu, le prince en question, quitta donc la capitale
pour accomplir sa mission. Cette capitale était alors Méroë. Les documents démotiques
abondent pour prouver la véracité des auteurs classiques contemporains sous ce rapport.
Encore sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, nous trouvons complètement en défaut
la critique allemande. L'illustre Niebuhr, par exemple, avait soutenu que Méroë n'existait

1 Depuis que ces lignes ont été écrites MM. Wesselt et Wilcken ont publié deux mémoires sur le
papyrus en question. Nous nous proposons de revenir bientôt sur ce sujet en comparant nos propres études
— faites complètement isolément et antérieurement — aux études de nos savants amis à ce sujet. Le
papyrus est en effet d'un déchiffrement fort difficile.

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