L' art: revue hebdomadaire illustrée — 16.1890 (Teil 2)

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LA GRAVURE ET LA LITHOGRAPHIE

AU SALON DE

1890 ET A L’EXPOSITION DU CHAMP DE MARS1

(suite)

II

u Champ de Mars, si
la gravure était loin
de briller par la quan-
tité, elle faisait, à bien
peu de chose près,
aussi pauvre figure
que la lithographie
aux Champs-Elysées.

Les deux meil-
leures eaux-fortes —
de beaucoup les meilleures
— étaient un Portrait de
Mme L. S., d’après M. Ca-
rolus Duran, par M. Emile
Boilvin, et une grande
planche commandée pour
la Chalcographie nationale
et très brillamment traitée
par M. Daniel Mordant,
d’après la Cène, de Giambattista
Tiepolo, du Musée du Louvre.
Ajoutez-y le Sai'tl et David, une
bonne planche de M. de Cisy, d’a-
près Rembrandt, et les pointes sèches originales de M. Gas-
ton La Touche, et c’est tout.

Voyez M. Ricardo de Los Rios, il a de l’aplomb à
revendre, mais pas trace de style; chacune de ses gravures
révèle une patte de tous les diables, dirait-on en langage
d’atelier, mais toute cette adresse est sans signification;
elle s’est plus que largement prodiguée cette habileté de
travail, dans la Porteuse d’eau, par exemple, et tout cela
pour ne rendre en aucune façon la peinture de M. Pearce.

Un autre artiste espagnol, M. R. de Egusquiza, s’est
dépensé en efforts considérables dans ses grands portraits
de Richard Wagner et d’Arthur Schopenhauer sur lesquels
il est tant et tant revenu, par excès de conscience, qu’il les

1. Voir l’Art, i6a année, tome II, page 80.

a amollis au point de s’ètre, fort injustement d’ailleurs,
fait soupçonner d’user de photogravure.

M. Karl Koepping, en s’attaquant à Frans Hais, n’a
engendré qu’une caricature indigne de son passé; ce
Repas des officiers du corps des archers de Saint-Georges,
un des chefs-d’œuvre de Hais, au Musée de Haarlem, est
une planche détestable. Tous les noirs y sont égaux; tous
les traits sont à l’encontre de la forme; toutes les figures
sont rondes; tous les plis des vêtements entrent dans la
chair. Un lamentable fiasco.

Il serait injuste de ne pas se montrer plus sévère
encore envers le maître de M. Koepping. M. Charles
Waltner est d’autant plus coupable que son talent est plus
grand. Produire à toute vapeur et produire avec force
aide de mains étrangères, voilà sa grande préoccupation
aujourd’hui. Aussi cet artiste éminemment doué tombe-t-il
en plein mercantilisme. Sauf la main qui est très bien,
son David Ryckaert, d’après Van Dyck, est la mollesse
même; son Portrait de femme âgée, d'après Rembrandt,
est entièrement raté; son Vieux Rabbin, d’après le même
maître, est veule, lavasse, le regard y est sans accent, et la
collaboration n’est pas même dissimulée. A de telles
défaillances, M. Waltner a peut-être à opposer la plus
pitoyable des excuses, à répondre que c’est du commerce!

Est-ce du commerce aussi que cette commande natio-
nale du Diplôme de /’Exposition Universelle de 188g,
plus que généreusement payée vingt mille francs, et dont
il faut rougir pour l’honneur de l’art français? M. Charles
Waltner s’est déjà présenté à l’Institut; il est douteux qu’il
risque jamais de poser à nouveau sa candidature après ce
douloureux Diplôme.

En fait de bois, M. L. A. Lepère avait seize gravures
— ses propres compositions — infiniment plus intéres-
santes que toutes les eaux-fortes exposées par M. Waltner.
M. Clément Bellenger montrait de beaux bois gravés
d’après M. Léon Lhermitte.

(A suivre.)

Paul Leroi.

Le Gérant, E. MÉNARD.
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