L' art: revue hebdomadaire illustrée — 16.1890 (Teil 2)

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UNE

FRESQUE DE L’ÉGLISE INFÉRIEURE D’ASSISE

’un des défauts •— certaines personnes pensent au contraire que c’est
un avantage — de l'art du Moyen-Age est de ne jamais avoir fait de
morceau. Il est bien rare que dans un grand tableau ou dans une
grande peinture décorative de cette époque on puisse fixer son atten-
tion sur une figure, sur un groupe qui seul se dégagera de l’impression
agréable que vous a produite l’ensemble, la résumera et la rendra
durable. Si les artistes de la Renaissance trop avancée ont abusé de
ce moyen pour retenir le spectateur, il faut cependant avouer que ce
côté a du bon et que les gens du xme et du xive siècle n'ont pas
suffisamment mis en pratique ce petit stratagème bien légitime.

De toute la décoration peinte de l’église inférieure d’Assise, que reste-t-il dans la mémoire
d'un visiteur après une ou deux visites? Pas grand’chose assurément; tout au plus le souvenir
d’un grand ensemble décoratif dont tous les éléments, au bout de très peu de temps, se confon-
dront étrangement dans son cerveau. Et pourtant on ne rencontre pour ainsi dire nulle part des
œuvres de Giotto de cette perfection relative ; mais dans tout cet ensemble il n’y a rien d’assez
saillant pour que la mémoire aidée de l’œil s'en empare et nous laisse dans l’intelligence le
souvenir de Giotto à Assise.

Pour la sculpture du Moyen-Age, si l’on considère que les morceaux qui en subsistent sont
infiniment plus nombreux que les peintures, la même chose a lieu, bien qu’elle soit moins sen-
sible; la sculpture demandant plus de réflexion que la peinture, plus de soin dans son exécution,
Us sculpteurs ont eu plus souvent occasion d’isoler une figure d’un ensemble; le Dieu de la
cathédrale d’Amiens, auprès duquel, du reste, on pourrait citer pas mal de statues françaises,
est bien une figure résumant tout l'art d’une époque.

La fresque que nous publions ici, fort connue d’ailleurs, et qui se trouve dans l'une des
chapelles à gauche de la nef dans l'église inférieure d’Assise, constitue elle aussi un de ces rares
monuments dans lesquels un artiste du Moyen-Age a mis, consciemment ou inconsciemment, tout
1 esprit de son époque, le résumé de tous les efforts artistiques de toute une génération. On
n’est pas, du reste, absolument d’accord sur l’attribution de cette fresque; les uns l'attribuent à
un élève de Giotto, Pietro Cavallini, dont elle avoisine une fresque célèbre, la Crucifixion;
d’autres lui donnent pour auteur le Siennois Ambrogio Lorenzetti. Au point de vue de l’époque
de l’exécution de cette fresque, il y a peu de différence et il faut toujours la placer, que l’on
accepte l’une ou l’autre attribution, dans la première moitié du xrve siècle.

L’attribution d’une œuvre qui sort autant de l’ordinaire, dans laquelle on trouve une si
étonnante tendance au naturalisme qu’elle vous fait songer à certaines madones du commen-
cement du xve siècle, n’a rien que de très naturel. Ce Lorenzetti que M. Miintz a placé, avec
juste raison, au premier rang, parmi les précurseurs de la Renaissance, était pour son temps un
homme de premier ordre, avide de nouveauté et cherchant à faire sortir l’art de l’ornière de la
convention et des traditions qui ont eu tant de vitalité dans l’école siennoise. Les fresques du
Palais public de Sienne (1339) restent dans le souvenir de tout voyageur en Italie comme un
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