L' art: revue hebdomadaire illustrée — 16.1890 (Teil 2)

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LE DÔME D’ORVIETO'

( suite)

X

es deux chapelles construites à l’extrémité des transepts sont fermées
par des grilles en fer richement décorées. Aux côtés de chaque porte
on a placé des statues. Celles qu’on voit à la porte de la chapelle de
la Madone de Saint-Brice, peinte par Fra Angelico et Signorelli,
représentent Eve et Adam; elles ont été exécutées par Raffaele da
Montelupo et Fabiano Toti : le Christ et la Vierge qui gardent la
porte d'en face sont également de Montelupo et de Toti. Le Christ
à la Colonne adossé à un des grands pilastres est de Gabriele
Mercanti. XAEcce homo, adossé à l’autre pilastre, appartient à Scalza.
Ce Gabriele Mercanti était également peintre et mosaïste et, en cette double qualité, il a aussi
travaillé aux gages de la commune d’Orvieto en 1612.

Son Christ à la Colonne est la plus belle des six statues que je viens de mentionner. On
peut même ranger son auteur parmi les artistes qui, en plein xvne siècle, savaient encore, dans
le nu, ne pas être entièrement maniérés.

Derrière la balustrade du maître-autel se dressent les deux statues de Mochi représentant le
mystère de l’Annonciation. La Vierge, qui est à droite, en voyant apparaître l’ange, se sent prise
de terreur; elle se lève précipitamment et s’élance du côté opposé à celui par où l’ange est
arrivé, comme pour prendre la fuite. La pensée qu’elle va enfanter un Dieu, au lieu de flatter
son orgueil de mère, l’épouvante. On dirait qu’elle a eu la vision du Calvaire et le pressentiment
des larmes que lui coûtera cet honneur. Elle préférerait avoir un fils qui fût bien à elle, qui pût la
consoler dans sa vieillesse, au lieu de créer le Sauveur dont un jour elle pressera sur ses genoux
le cadavre inanimé. La terreur qu'on lit sur son visage est humaine et chrétienne. La mère sent
ses entrailles tressaillir de douleur et possède la prescience des déchirements qu’on lui annonce :
la croyante se juge indigne de la tâche à laquelle Dieu l’appelle. Ce sentiment de contrition
mêlé de crainte ne pouvait être mieux rendu. Mais l’ange qui apporte à Marie l’ordre du Très-
Haut est encore plus remarquable. Soutenu par une nuée, les ailes déployées, il regarde la
Vierge en lui montrant le ciel. Certes, la disposition des deux personnages peut paraître trop
théâtrale, et ce qui contribue à leur donner des allures scéniques contraires à la sainteté du sujet
c est qu’ils se montrent derrière la balustrade sur un plan plus élevé que le spectateur. Ce
coin de l’église semble un théâtre où le rideau ne tombe jamais. Si l’on veut passer condamnation
sur le côté outré, déclamatoire de ces deux statues, sur la prédominance choquante du
concetto dans leur caractère général, — et il le faut bien, car elles datent du commencement du
xvne siecle, — on ne peut plus qu’admirer. L’ange surtout est incontestablement une des
plus belles statues produites par un ciseau italien pendant ce siècle qui devait présider à la

1. Voir l’Art, 14e année, tome Ier, pages 1 33 et 161, et tome II, pages 81 et 101.

Tome XLIX. io
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