L' art: revue hebdomadaire illustrée — 16.1890 (Teil 2)

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L’ART.

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celui que Madame d’Orléans en attendait. Après la mort
du Régent, l’abbesse de Chelles, un moment délaissée,
s’aigrit et perdit trop de son zèle; elle mena une vie peu
conforme, il est vrai, à la règle monastique, mais sans
aucun des scandales qu’on s’est plu à inventer. Elle se
convertit, d’ailleurs, et, en 1734, elle renonça volontai-
rement à son titre d’abbesse.

Madeleine de Sabran fut la dernière abbesse de Chelles ;
elle avait été nommée à ce siège le 5 juillet 1789. Un
décret de l’Assemblée législative ayant supprimé toutes les
corporations religieuses, Mme de Sabran quitta Chelles au
mois d’octobre 1792. L’abbaye était riche en objets d’art
de toutes sortes. « On ne saurait dire, remarque son histo-
rien, tout ce que le pillage du monastère a détruit de
meubles, de tableaux, de tapisseries... remontant à la plus
haute antiquité. » « Des nombreux édifices de l’abbaye, il
ne reste plus qu’un pavillon sans intérêt sous le rapport de
l'architecture. Il est haut de trois étages, avec un fronton

grec, et domine d’autres constructions récentes. On y voit
aujourd’hui une belle salle ornée de sculptures sur bois et
sur pierre, d’armoiries abbatiales, de verreries, d’attributs
et de décors imités du xvie siècle. »

Je ne puis indiquer ici que très sommairement le fond
de ce bel ouvrage. M. Torchet l’a écrit avec conscience,
en homme qui connaît bien son sujet et qui l’aime. Il a
su, et c’est un mérite rare, user de ses documents pour
l’agrément de son livre, et il n’est pas resté accablé sous
leur nombre. Son style a de la chaleur, il a même parfois
je ne sais quoi de militant qui ne déplaît pas, parce que
c’est le ton naturel de la conviction. Il serait à souhaiter
qu’on fît, sur chacun des grands monastères d’autrefois,
un pareil travail ; l’histoire générale elle-même y gagnerait
en précision. En attendant, M. Torchcta bien fait d’écrire
le sien, et il faut l’en féliciter, car c’est un livre utile et le
livre d’un homme qui sait comprendre et qui sait écrire.

F. L h o M m e .

LES ARMES EUROPÉENNES ANCIENNES

A L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1S891

(fin)

e ne serait pas une mince besogne
que d’énumérer tous les types de
coiffures de guerre, depuis les
casques gaulois jusqu'aux casques
de cuirassiers actuellement en
usage, et de démêler les motifs
qui ont amené la mise au rebut
d’un modèle au profit de l’autre.

Nous livrer ici à cette étude excé-
derait les limites d’un compte rendu. Mais une rapide
revue des ajustements de tête exposés à l’Esplanade des
Invalides nous permettra de donner au lecteur un aperçu
de ces métamorphoses.

Il est bien évident que nous n’avons rien de plus ancien
à mentionner que les trois casques gaulois, n°8i8, du
Musée de Falaise; les plus ignorants en matière d’arme-
ment connaissent le galbe bizarre de ces couvre-chefs assez
fréquents; inutile d’insister. L’absence, d’ailleurs fort
compréhensible, de coiffures des règnes mérovingiens et
carolingiens, ainsi que de heaumes, ces casques puissants
qui eurent l’honneur d’aller en Terre-Sainte combattre les
Infidèles, nous force à faire un bond de plusieurs siècles
pour tomber au xive siècle sur diverses cervelières en
mailles, qui se mettaient sous les chapels de fer, au comte
Guérin et à M. Riggs ; sur un chapel de Montauban, à
M. Chabrières-Arlès, accoutrement des gens de pied et
aussi des chevaliers, quand ils voulaient, selon le mot de
Joinville, avoir le vent, et sur quelques bacinets, succes-
seurs immédiats des heaumes, au Musée de Nancy, au
comte d’Arlincourt et à M. Riggs, et qui possédaient sur
leurs prédécesseurs l’avantage très apprécié de ne pas
répercuter sur le visage les coups en général assez vigou-
reux qu’ils recevaient, réunissant ainsi tous les inconvé-
nients d’un tampon sans en présenter les contacts élas-
tiques.

1. Voir l'Art, 160 année, tome II, page 56.

Ces bacinets cependant ne réalisaient pas le comble de
la perfection ; un tinel, comme Rainoars désigne sa massue
dans le poème des Aliscans, manié par le biceps solide
d'un vilain, faussait aisément la ventaille avec le nez lui-
même du chevalier qui était derrière, et voilà le gentil-
homme mis en cage par un manant, malgré tous ses
quartiers de noblesse, jusqu’à l’arrivée du serrurier ! M. de
La Palisse l’eût alors supprimée, cette malheureuse ven-
taille; c’est en effet la solution à laquelle on s’arrêta tout
d’abord et qui donna naissance au bicoquet, transition
entre le bacinetet Yarmet, visible seulement sur les manus-
crits et les effigies tumulaires.

Idarmet, la salade, expression dérivée de l’italien celata,
la barbute, tel est Vadoubement de tête pendant le xve siècle
en Europe, la barbute florissant en Italie, la salade en
Allemagne, Yarmet en France, sans toutefois que ces pré-
férences fussent exclusives, comme on l’a déjà pu constater
du reste.

Le n° 3 1, collection d’Arlincourt, est une de ces bar-
butes ; M. Riggs en a exposé plusieurs, une, entre autres,
de la forme des casques d’hoplites grecs, poinçonnée au
lion de Saint-Marc et appelée celata veneqiana en Italie,
bien que se fabriquant également à Florence; voici
diverses salades allemandes, prêtées par le comte d’Arlin-
court, entre autres, le n° 3o, à long couvre-nuque articulé;
par M. Chabrières-Arlès (n° 109) ; par M. Riggs, qui a
envoyé, chose peu commune, une salade d’archer, sorte
de chapeau sans couvre-nuque, du début du xve siècle
(vitrine 27). Avant de passer aux armets, restons en Alle-
magne avec un heaume de joute (vitrine 28, collection
Riggs), du xve siècle malgré sa forme archaïque, preuve
manifeste du respect de cette nation pour les vieilleries;
avouons d’ailleurs que cette coiffure solide devait opposer
une fière résistance aux assauts des muscles teutons.

Les armets, comme bien l’on pense, ne manquent pas à
l’Exposition; aussi, après avoir cité un armet à rondelle.
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