L' art: revue hebdomadaire illustrée — 16.1890 (Teil 2)

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LE DOME D’ORVI ETO'

(fin)

Après avoir achevé l’œuvre de Fra Angelico en mettant la dernière main aux comparti-
ments de la voûte, Signorelli entreprit de compléter par d’autres peintures la décoration de
la chapelle Saint-Brice. Il partagea les deux parois latérales en deux grands panneaux dont
chacun devait contenir une des quatre scènes principales, et il fit servir les pans détachés
qui se trouvent, d’un côté, dans l’encadrement de la porte, et, de l’autre côté, autour des
fenêtres, à l’exposition des actions partielles destinées à relier entre elles les grandes scènes.
Ces peintures placent Signorelli en dehors et au-dessus des peintres de l’Ombrie, qui s’étaient
retranchés dans le genre contemplatif et qui n’excellent guère, s’ils excellent parfois, qu’à
dessiner des Madones rêveuses ou des Saintes Familles encadrées dans des paysages virgi-
liens. Signorelli est trop vigoureux, trop dramatique pour être confondu avec ces fabricants
de vierges hystériques et de saints débonnaires. Le Pérugin est le maître de Raphaël, qui
fut, lui aussi, un virtuose du style contemplatif, tandis que Signorelli est le précurseur, sinon
le maître, de Michel-Ange. On peut dire que l’école de EOmbrie finit là où Signorelli com-
mence.

Dans le premier grand tableau, qui est à gauche en entrant, l’auteur a représenté la
prédication de l'Antéchrist, qui doit précéder la fin du monde. Sur le devant de la scène, on
voit le faux Messie qui, monté sur un piédestal, explique aux assistants sa doctrine impie.
A sa gauche, les auditeurs se pressent, commentant et discutant vivement ce qu’ils entendent.
Au fond de ce groupe, on remarque une figure dans laquelle Signorelli a rendu les traits de
Dante, son inspirateur, et Vasari assure que les autres figures réunies autour de celle du poète
offrent les portraits de Niccolô, Paolo et Yitelozzo Vitelli et de Gian Paolo et Orazio Baglioni.
A la droite du prédicateur se dessine l’image d’un émissaire occupé à faire des prosélytes à
prix d’or. Une femme d’une merveilleuse prestance lui tend la main et accepte le marché,
tandis qu’à ses côtés d’autres femmes déjà corrompues comptent l’argent reçu. Remarquez la
prestance de l’homme qui se campe fièrement au devant de ce groupe. Le corps se détache
avec une netteté surprenante; ceci n’est plus de la peinture, c’est de la sculpture au pinceau.
Qui donc a dit que Signorelli ne connaissait ni le clair-obscur, ni le dessin, ni le raccourci ?
Cet homme, crânement planté sur ses jambes tendues, la main sur la hanche, la chemise
retroussée jusqu’aux épaules, le cou découvert, la tête tournée du côté de l’émissaire, dans
une attitude de curiosité dédaigneuse, suffirait à lui seul pour classer le peintre qui l’a modelé
parmi les plus habiles dessinateurs. Du reste, il m'est avis que Signorelli connaissait sa force
comme dessinateur, car sans cesse on le voit chercher la difficulté pour se donner le plaisir
de la vaincre; partout où il peut tenter un raccourci, il n’a garde de l’éviter, et il excelle à
ressaisir un membre qui fuit, à reprendre un corps qui se dérobe, à relever un contour
qui s’efface. Ses peintures sont les premières, on peut le dire, où l’on aperçoit les person-
nages, découpés d’une façon absolument correcte, se mouvoir, agir, gesticuler, donner en un
mot tous les signes de la vie et du mouvement. L’espace ne leur manque jamais et l'air leur
est toujours ménagé dans une mesure très savamment déterminée.

i. Voir l’Art, 14“ année, tome I0P, pages 133 et 161, et tome II, pages 81, 101, 121 et 161.

ï/cs y

Tome XLIX.

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