L' art: revue hebdomadaire illustrée — 16.1890 (Teil 2)

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L’ART.

dignement cent magnifiques héliogravures exécutées par
la Société photographique de Berlin d’après les peintures
les plus remarquables qui font partie de la galerie. Nous
voudrions aujourd’hui, en nous aidant d’un secours si
efficace, donner quelque idée de la richesse de cette
galerie et passer brièvement en revue les œuvres d’art les
plus remarquables qu’elle possède.

Parmi les ouvrages antiques, le plus précieux, sans
contredit, est un vase en onyx provenant de la collection
des ducs de Gonzague à Mantoue et qui, ayant été pris
en i63o pendant le pillage de cette ville, est, après de nom-
breuses péripéties, récemment entré au Musée. Cet onyx,
un des plus importants et des plus curieux que nous ait
transmis l’antiquité, est un travail grec, du moins par le
style, et dont l’exécution paraît devoir remonter au temps
d’Adrien. Les emblèmes et les personnages qui le décorent
se rapportent aux mystères de Cérès et de Bacchus, et
l’histoire du vase aussi bien que la signification des sujets
qui y sont figurés ont déjà longuement exercé la sagacité
et la science des archéologues, depuis Montfaucon et
Mariette jusqu’à nos jours. On n’a pu cependant fixer
d’une manière bien certaine l’interprétation des diverses
scènes reproduites sur ce vase ; soit que le culte et les
cérémonies dont il s’agit ici n’aient pas encore révélé
tous leurs secrets, ou simplement peut-être parce qu’on
veut trouver une intention et un lien trop précis entre des
épisodes et des personnages qui n’ont été sans doute ima-
ginés par l’artiste que pour tirer parti de la structure
même de la pierre, du relief et de la coloration de ses
veines. A côté de ce célèbre onyx, on peut encore citer
d’autres pierres gravées, des sculptures sur bois et sur
pierre ; un petit bas-relief en pierre de Solenhofen repré-
sentant la Prédication de saint Jean-Baptiste, et donné
comme un ouvrage d’Albert Durer, de qui il porte le
monogramme avec la date i5 11 R puis l’anneau des fian-

Photographischem Kupferdruck. Photographische Gesellschaft Ber-
lin. i885.

Ce somptueux ouvrage est d’une rare perfection; on ne saurait
trop chaleureusement le recommander à l’attention des collection-
neurs.

(Note de la Rédaction,)

i. M. Thausing (Vie d’Albert Durer) croit que ce petit bas-relief
et son pendant, la Naissance de saint Jean, qui se trouve au British
Muséum, ne sont que des reproductions antidatées d’ouvrages sem-
blables conservés dans la collection d’Ambras à Vienne, et dues,

cailles de Catherine de Bora avec Luther; un cachet de
Marie Stuart et beaucoup d’autres objets intéressants pour
l’histoire ou pour l’art.

Ce qu’on s’attend moins à trouver en cet endroit, c’est
une collection très importante d’émaux de Limoges, remar-
quables par leur nombre, leurs dimensions, la richesse et
la beauté de leur coloris, et signés des meilleurs noms :
Courtoys, Pénicaud, Nouailher, Raymond, Suzanne
Court, etc., etc. Il y a là pour l’étude de l’émaillerie
française de riches matériaux dont la provenance même
est assez singulière. Cette collection, en effet, a été réunie
par Tavernier, le fameux voyageur qui, après avoir fait
six fois le voyage des Indes et s’y être enrichi dans le
commerce des pierreries, avait été anobli par Louis XIY.
Mais le nouveau baron, ayant dispersé en peu de temps sa
fortune, avait emporté pour l’échanger contre des diamants
une nouvelle et « magnifique cargaison de la valeur de
plus de 400,000 livres, composée d’horlogerie rare, de
curiosités, de vases de cristal, d’agates travaillées, etc.{ » .
Tavernier était en route pour regagner les Indes, quand il
mourut à Copenhague, en 1689, et c’est, sans doute, la
collection dont il s’était nanti qui, en totalité ou en partie,
fut, après sa mort, achetée par le duc de Brunswick. Les
détails manquent à cet égard, mais la provenance, du
moins, est certaine, et dans la galerie de peinture un por-
trait en pied, attribué à Largillière, mais qui ne lui ferait
guère honneur, nous montre Tavernier lui-même travesti
en pacha, affublé d’un énorme turban, vêtu d’une pelisse
garnie de fourrures et ceint d’une écharpe de soie brodée
d’or. La collection des majoliques, encore plus riche que
celle des émaux — il n’y en a pas moins de 1,100, —
pourrait bien provenir de la même source. C’est du moins
une indication dont on trouve, dès 1753, la trace dans
plusieurs documents et qui, en l’absence de tout autre
renseignement sérieux, s’accorde assez avec l’énumération
des trésors qu’avait amassés Tavernier.

Emile Michel.

(La Jhi prochainement.)

comme ces derniers, au talent d’un artiste de Nuremberg, nommé
G. Schweigger (i6i3-i6go). M. Thausing est même plus absolu et
il ne pense pas que Durer ait jamais sculpté.

1. Voyages de Tavernier ; avertissement du libraire pour l’édi-
tion de 1713.

Le Gérant, E. MÉNARD.
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