Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 22.1899

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LES CONQUÊTES ARTISTIQUES

DE LA RÉVOLUTION ET DE L’EMPIRE

ET

LES REPRISES DES ALLIÉS EN 1815

(cinquième article1)

Le 18 juin 1815, l’Empire s’effondrait de nouveau à Waterloo. La France était
encore une fois envahie. Ees prétentions des alliés furent autrement importantes
que l’année précédente. En 1814, comme étonnés de leur victoire, ils avaient été,
on l’a vu, modérés dans leurs revendications. Il n’en fut plus de même ; les
négociateurs français, dès la capitulation de Paris, essayèrent bien de sauve-
garder encore une fois les trésors du Louvre, mais ils. durent plier devant
l'obstination des vainqueurs, de Blücher notamment. Aussi, à peine installés
dans Paris, les alliés s’occupèrent-ils de la restitution des objets d’art que les
guerres leur avaient enlevés. Iis étaient les maîtres et employèrent peu de
formes. En vain Louis XVIII qui tenait à rester populaire, se refusa-t-il à accéder
aux prétentions étrangères, déclarant à ses « chers cousins » que les collections
du Louvre et des Tuileries, dépendant de sa listé civile, étaient son bien propre;
en vain le duc de Richelieu, conseillé par Talleyrand qui fit ce qu’il put pour
empêcher les reprises, essaya-t-il de gagner du temps.

Les ressources de la diplomatie, la magie des belles manières, une résis-
tance plus politique que convaincue, dûrent plier devant les exigences bourrues
de Blücher, exécuteur de la volonté des vainqueurs.

Autrement courageuses furent les protestations de Denon, directeur général
du Musée, et d’Athanase Lavallée, secrétaire général. Pour défendre l’intégrité
des collections qui leur étaient confiées, ils luttèrent sans trêve pendant près de
six mois, tenant tête à la force armée, faisant fi des menaces d’arrestation et de
déportation. Ce qu’ils rendirent leur fut arraché et par leur vigilance, leur habi-
leté, ils conservèrent beaucoup de chefs-d’œuvre parmi les plus célèbres.

Pendant cette triste période, ils agirent en parfaits héros, se dépensant sans
calculer en actes comme en paroles.

1. V. Gazette clés Beaux-Arts, 3° pér., t. XXI, p. 74, 138 et 340 et t. XXII, p. 82.
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