Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 22.1899

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LES SALONS DE 1899

(sixième et dernier article')

II

SCULPTURE

Une promenade rapide seulement, à travers les parterres où
s’érigent les plâtres et les marbres. Ceux-ci reculent dans le passé
déjà, et, à distance, il en reste peu imprimés dans la mémoire.
La sculpture est en baisse.

C’est que les imaginations sont portées ailleurs. J’ai exposé —
à propos de Besnard spécialement — que notre âge est, plus qu’aucun
autre dont parle l’histoire, un âge de mobilité, de fugacité, de renou-
vellements; de là suit que nos artistes s’essaient surtout à tirer de
la Nature des instantanés, à la cinématographier au vol. La peinture
avec des dessous est déjà trop lente pour eux; ils couvrent à peine
les surfaces. Or, la statuaire est un art de patience ; il y faut une
gestation prolongée de l’idée, avec une lutte acharnée contre la
matière brute. Mais aussi son privilège, c’est la durée ; Phidias
et Alcamène subsistent, tandis qu’Apclle est évanoui : eh bien,
justement, nos œuvres improvisées sont faites pour durer peu. Si
nulle société n’a laissé plus de témoignages précis et menus sur
elle-même, grâce à nos milliers de ramasse-miettes, ces témoignages
seront vite submergés; où sont les journaux de l’autre année? —

1. V. Gazette des Beaux-Arts, 3e pér., t. XXI, p. 74, 158 et 340, et t. XXII,
p. 37,132, et 256.
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