Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 22.1899

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ANTOINE VAN DYCK

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d’apprécier dans les salles de l’exposition d’Anvers. Pour peu qu'on
se souvienne de l’ensemble, réuni à la Grosvenor Gallery en 1889, on
conviendra que, cette fois, nous sommes en possession d’éléments
sinon plus nombreux, du moins d’une portée plus haute et plus
significatifs de la personnalité du peintre.

Sans doute, il faut que noire mémoire se mette de la partie,
qu’elle s’applique à combler des lacunes. Les palais de Gènes,
obstinément clos, n’ont point livré leurs trésors; cependant, pour
faiblement représentée qu’elle soit, la période italienne n’est point
absente ; un portrait de la valeur de celui de la marquise de Bri-
gnole-Sale, prêté par le duc d’Abercorn, s’il ne vient point en
droite ligne du Palazzo Rosso, n’en constitue pas moins une perle
de la plus belle eau, et l’on peut dire qu’à tout considérer les étapes
successives de la carrière du prodigieux virtuose se marquent avec
une précision absolue dans les cent et quelques toiles réunies par
les soins du Comité, pour la joie des artistes plus encore que pour
l’information des curieux.

Van Dyck, ai-je dit, n’est point de ceux qu’il faut découvrir.
Son art est sans mystère, comme ses procédés sont libres de
recherche, ses combinaisons d’effets exemptes de réticence. C’est
bien le plus communicatif des peintres; dès l’abord, il vous livre ses
secrets, sans pour cela se départir un instant de la dignité qui sied
à un homme de son monde.

C’est chose merveilleuse de voir comme, dans les salles de
l’exposition d’Anvers, toutes tendues de velours, on se sent trans-
porté dans un milieu supérieur et contraint, en quelque sorte, de
s’observer, ainsi qu'il convient pour voisiner avec ces personnages
de haute prestance dont le regard, pour un moment, s’abaisse sur
notre humilité.

Notez que ceci n'est point métaphore. Ni Charles Ier d’Angleterre,
ni ses enfants, ni ces lords et ces ladies n’ont vu le jour pour que
leur image, franchissant l’enceinte des palais et des demeures sei-
gneuriales, vînt s’étaler à la cimaise d’une salle d’exposition, à tant
l’entrée par personne. Passe en Angleterre, mais sur le continent!
« C’est bien assez, disait l’autre jour une feuille anglaise, qu’on puisse
être forcé de prêter ses toiles dans la limite des quatre mers ; mais les
leur faire franchir, lord Warwick s’y est refusé. Les chefs-d’œuvre
qu’il s’agissait de livrer aux hasards de l’aventure sont bien à lui,
sans doute, mais ils appartiennent avant tout à la nation. »

Par bonheur, tout le monde n’a pas pensé de même ; les toiles
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