Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 3. Pér. 22.1899

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GAZETTE DES BEAUX-ARTS

teurs, bien que nul catalogue sérieux ne la citât. Aujourd’hui,
l’épreuve unique de 1784 est tombée dans le discrédit, à la suite
de constatations fâcheuses. Celle de M. Wasset mérite-t-elle un
meilleur sort et la place tout à fait exceptionnelle que lui avait
souhaitée son ancien propriétaire? Il faut, dans cet instant où l’on
aime à asseoir ses convictions sur de bonnes preuves, ne rien laisser
au doute, et ne pas offrir à l’admiration des connaisseurs chose qui
soit seulement discutable.

I

La Petite Tombe de la vente Peters fut acquise, avec les autres
admirables Rembrandt de ce collectionneur, par ordre du baron de
Breteuil, ministre d’Etat en 1784. Ce fut Je 13 avril que M. Le Noir,
conseiller d’Etat, grand maître de la Bibliothèque de Sa Majesté,
remit les pièces acquises entre les mains de M. Joly, garde du
Cabinet des estampes.

Ce Peters était un homme singulier. Peintre en miniature assez
habile, il avait employé trente ans de sa vie à se composer une col-
lection de Rembrandt ; dans divers voyages en Hollande, dans les
Flandres, aux ventes de Paris même, il y avait consacré, disait-il,
des sommes montant à plus de 20.000 livres. Il était sur le point de
conclure une cession à l’empereur d’Allemagne pour ce prix de
20.000 livres, avec promesse d’un gros cadeau en plus, quand il se
ravisa. Il regardait, disait-il, la France comme sa mère-patrie; il y
avait vécu pendant quarante ans, il voulait la faire profiter de ses
trouvailles heureuses. Il fit d’ailleurs entrer en ligne de compte cette
considération que le Cabinet du roi de France, déjà fort riche en
Rembrandt, deviendrait le plus riche de tous, si ses épreuves
venaient grossir le trésor. Au fond, le roi lui comptait 24.000 livres
pour le tout, ce qui, ajouté au plaisir et à l'honneur de voir sa col-
lection conservée en bloc dans un si bon lieu, ne laissa pas que
d'incliner favorablement sa générosité.

Le fait est que, dès ce temps, les belles épreuves du maître
atteignaient de grosses enchères. Si le roi de France a acquis son
Jan Six du premier état pour 1.000 livres seulement, bien qu'il fût
tiré sur « papier de soie », ce n’était pas le prix ; le dauphin en avait
payé un 3.000 livres. Quant au Lit à la Polonoise, que les héritiers
voulaient jeter au feu, il avait été payé 3.000 livres également.

Donc, en achetant 24.000 livres les 736 pièces rares de Peters, le
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