Revue égyptologique — 3.1883

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Eugène Revillout.

à une adjuration au Dieu et au roi, qui limitait en droit religieux les pouvoirs absolus de
son nouvel époux et le forçait d'une part à la monogamie et d'une autre part à la perpétuité
de l'union.

Rien de plus touchant d'ailleurs que le cri dans lequel notre fiancée de second ordre
abandonne à son fiancé non seulement ses biens présents et à venir, mais ses enfants et
jusqu'à ses vêtements qui sont sur son dos. Ajoutons que ces deux actes — l'adoption par
mancipation et le mariage par coemptio ou mancipation — sont presque de même date, à
quelques années près, et semblent se rapporter à une couche spéciale du droit égyptien, car on
ne trouve rien d'analogue dans la .suite. C'est le même formalisme que dans la loi des douze
tables : et ce formalisme sera bientôt remplacé par de tout autres procédés, particulièrement
en ce qui concerne le mariage. Quant à l'adoption, elle paraît alors disparaître entièrement
par une conception plus simple et plus naturelle de la famille1. Venons en maintenant aux
ventes d'esclaves que nous rapprochions tout-à l'heure de notre coemptio, dont elles reproduisent
en grande partie les expressions. Celles que nous allons citer sont peu postérieures à Psam-
métique III, car la conquête de l'Egypte par le roi perse Cambyse se fit sous le règne de
ce prince : et Cambyse, qui mourut bientôt après, eut pour successeur Darius Ier :

«L'an 5, Pharmouti, du roi Darius,

«Ahmès, fils de Pamin, dont la mère est .... dit au pastophore d'Amon-Ra Sonter
» Hor, fils de Neschons, dont la mère est Neschons.

«Tu m'as donné, et mon cœur en est satisfait, l'argent du jeune homme Psen . . . .
» fils de Thotmès, dont la mère est Seteirban, mon serviteur, que je t'ai donné pour te servir.
»I1 est à toi, ton serviteur, celui-là. Celui qui viendra à toi à cause de lui, soit en mon
» nom, soit au nom d'homme quelconque au monde, depuis frère, sœur, parent par alliance,
» père, mère, seigneur, dame, jusqu'à moi-même, en disant : ce n'est point ton serviteur, celui-
»là, je le ferai s'éloigner de toi. Si je ne le fais pas s'éloigner de toi, je te donnerai 5 ar-
»genteus fondus du temple de Ptah, ou 4 argenteus plus \, ^, *0, ~0, 5 argenteus du
» temple de Ptah en tout. Et sera à toi ton esclave encore, ainsi que ses enfants à jamais!»

Cet esclave qui est ici vendu comme un bien ordinaire, avec une amende pécuniaire
•pour corroborer la vente en cas d'éviction, fut, l'année suivante, revendu par l'acheteur avec
une tout autre garantie, celle de l'esclave lui-même. Reproduisons ici ce bien intéressant
document :

«L'an 6, Thot, du roi Darius.

«Le pastophore du temple d'Amon-Ra-Sonter, Hor, fils de Neschons, dont la mère est
» Neschons, dit à la femme Tsenhor, fille du choachyte de la nécropole Nesmin, dont la
» mère est Réru.

1 Nous aurons à revenir ailleurs sur le cas de Chapochrate qui seul pourrait faire songer sous les
Lagides à quelque chose d'analogue à l'adoption. Je crois plutôt qu'il s'agit d'un changement de castes.
Aussi Chapochrate renonce-t-il à tous les biens de sa famille du sang, auxquels Haret' ne renonce en aucune
manière et qu'il partage avec son frère dans un acte postérieur à l'adoption. Nous avons vu plus haut que
l'adoption d'Haret' n'avait en réalité qu'un but testamentaire. Ce but fut atteint plus tard tout autrement,
quand pour cela — en l'absence du testament toujours interdit en droit égyptien — on eut recours à une
vente fictive, à un écrit pour argent. (Voir dans la Revue archéologique mon article sur l'état de la pro-
priété du temps d'Arnasis).
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