Revue égyptologique — 3.1883

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Le tribunal égyptien de Thèbes.

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LE TEÏBUNAL ÉGYPTIEN DE THÈBES.

Les textes hiéroglyphiques, hiératiques et démotiques nous moutreut chez les Égyptiens
plusieurs juridictions judiciaires.

Il y avait d'abord une juridiction administrative — (comme chez nous celle du Conseil
d'État1), — pour toutes les questions relatives aux fonctionnaires;, aux comptes, etc. Nous
avons eu l'occasion de montrer dans la première année de la Revue (p. 60), que c'était
à un conseil de ce genre que s'était adressé Amasis, contrairement à toutes les coutumes
égyptiennes, pour la cause des biens ecclésiastiques réclamés par les temples aux auxiliaires
qui y étaient établis. Le roi avait alors ordonné de considérer l'affaire comme purement
administrative — parceque les soldats grecs avaient été mis là par ordre royal — et les
temples avaient perdu. Dans d'autres cas, lorsqu'il s'agissait par exemple d'affaires concernant
la personne royale ou de complots qu'on pouvait faire rentrer dans le crime de lèse majesté,
le roi désignait aussi des commissions mixtes tirées du même conseil et spécialement députées
à cet effet. Il en fut aussi pour une conspiration2 de serail jugée3 sous Ramsès III.

1 Nous reviendrons bientôt sur cette question.

2 Voir Papyrus judiciaire de Turin, par feu Devéria, et la 3e série des Mélanges égyptologiques, de
M. Chabas, p. 7 et suiv. M. Chabas donne ainsi la composition de la commission instituée par le roi : « Le préposé

»du trésor ^ W CT^l| ^"Zl^ Montemto ; le préposé du trésor Pefront; le porte-cliasse-mouche ^(^^f~^^

»[( ^ jj^ Koro; le contrôleur ^O^^^j Pebesa; le contrôleur Katenten; le contrôleur Baarmohar; le

» contrôleur Peerisennou: le contrôleur Thot rey nefer: le lieutenant du roi (I // v\ \)>SA) ^en ra

»maou; le scribe de la bibliothèque y )o|'VWvV/|^J ^ ^ ) Phraemheb; le porte-enseigne

» du corps des domestiques 1<:^( (^^w^^^^a,[|[| ^ s,_û^^Hora.» J'aurai

l'occasion de revenir bientôt sur la composition du conseil ordinaire du roi comprenant surtout l'ensemble
des ^ 1 f^s-. ^ ! ou compagnons royaux et, en premier lieu, les ministres qui font toujours figurer les deux
titres, comme Ut'a Horresntpa se vantant d'être <f5> dC^) ^ < ^ |~^" ^ ^ fi^y un ^ê™^

prince, royal ministre, l'un des compagnons (royaux) vivant parmi eux » (voir la Bévue, année 1880, p. 17 .

3 M. Chabas fait remarquer dans les Mélanges (iii, p. 8 et suiv.) que le roi, en confiant l'affaire aux
membres de cette commission nommée par lui, avait eu cependant bien soin de leur recommander l'impar-
tialité. « Je charge, dit-il, des criminels du pays le préposé, etc.... en disant les paroles qu'ont dites les
» hommes, je ne les connais pas : Allez! Jugez-les! — Allant et les jugeant et faisant mourir en leurs
» corps ceux qui ont donné la mort de leurs mains — et je ne les connais pas! — Et faisaut châtier les
» autres, — et je ne les connais pas en réalité! — Or donc, je vous dis : Ayez du cœur! Gardez-vous de faire
«châtier quiconque serait prévenu de délit et sur qui cela ne tombe pas, relativement à eux! Ne résistez
»pas! Quelque chose qui ait été faite, ceux qui l'ont faite, que tout ce qu'ils ont fait soit sur leur tête.
»Je protège; je prends soin à toujours. Je suis avec les rois de la justice qui sont devant Amon Ra, roi
»des dieux, et devant Osiris, souverain de l'Eternité!» Ce discours est magnifique, et M. Chabas a bien
soin de faire remarquer (ibid. p. 4) (pie «cet extrême respect des Égyptiens pour la justice t pour l'indé-
»pendance de ses organes était, d'ailleurs, bien caractérisée par les dispositions de cette loi citée par Plu-
»tarque (apophthégmes usages des rois d'Egypte), en vertu de laquelle les rois devaient faire prêter aux
» juges le serment qu'ils n'obéiraient pas si le prince leur ordonnait quelque chose d'injuste.» Le passage
de Diodore que nous avons donné dans le précédent numéro de la Bévue (p. 63 et 64), et qu'analyse égale-
ment M. Chabas à ce propos, confirme le dire de Plutarque puisque Diodore trouve étrange que le roi « ne
puisse prendre en Egypte une décision ni punir quelqu'un, soit par passion, soit par caprice ou par toute
autre raison injuste, mais qu'il soit obligé d'agir conformément aux lois pour chaque cas particulier.»

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