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L' art: revue hebdomadaire illustrée — 12.1886 (Teil 2)

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https://doi.org/10.11588/diglit.19706#0256

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224

L'ART.

richesses beaucoup plus grandes, qu'il est souvent impos-
sible de remplacer ; en même temps qu'elles font disparaître
le témoignage de sa gloire, elles deviennent un crime par
la destruction qu'elles causent d'une des parties vivantes de
sa splendeur et de son histoire.

Ces faits ne sont pas uniques en France ; cet amour de
détruire appartient à tous les régimes, et les motifs invoqués
en sont souvent bien différents.

N'a-t-on pas vu Charles IX 1 ordonner la destruction
du Cabinet du roi, dont quelques pièces font encore notre
admiration à la galerie d'Apollon, pour faire resservir

i. « Afin de les faire rompre, fondre et mettre en lingotz d'or qui
s'en tirera pour icelluy estre emploié cz lieux et ez effectz. » (B. N.
ms. fonds français. — N" 4648, f" i83 et 186.)

leur matière à l'exécution de nouveaux objets plus beaux
et plus appropriés à la mode du jour?

Plus tard, le gouvernement du Directoire ordonnera,
dans un besoin d'argent, la destruction de cent quatre-
vingt tapisseries1 de la Renaissance, pour en extraire les
fils d'or dont elles étaient tissées. Ces faits sont une haute
leçon, et l'historien a le devoir de les signaler et d'apprendre
aux générations futures que le culte de l'histoire nationale
est le culte môme de la patrie.

(La suite prochainement.) GERMAIN BapST.

1. Ce document nous a été communiqué par M. J. J. Guiffrey,
qui a retrouvé toute la correspondance aux Archives Nationales,
M. J. J. Guiffrey publiera incessamment ces documents dans le Bul-
letin de la Société de l'Histoire de Paris.

ACADEMIE ROYALE DE BELGIQUE

EXPOSITION DE TABLEAUX DE MAITRES ANCIENS
organisée au profit de la caisse centrale des artistes belges par la classe des beaux-arts1

(suite)

Pour cette Exposition, on s'était bien gardé d'user de
la simplicité qui a si bien réussi au Concert historique
composé et dirigé par M. Gevaert ; on s'était donné le
luxe d'un comité à grand orchestre assaisonné d'une foule
d'herbes de la Saint-Jean. Douze Académiciens, ni plus ni
moins ; pas l'ombre d'un profane.

Commission organisatrice de l'Exposition.

MM. L. Alvin, président de l'Académie, directeur de
la Classe des Beaux-Arts ; J. Liagre, secrétaire perpétuel
de l'Académie ; Louis Gallait, président d'honneur de la
Caisse centrale des artistes; le chevalier L. de Burbure,
Éd. Fétis, Henri Hymans, le chevalier Edm. Marchai,
Ad. Pauli, J. Portaels, Alex. Robert, Max. Rooses, Ern.
Slingeneyer, membres de la Classe des Beaux-Arts.

C'est assurément on ne peut plus trié sur le volet, si
trié même qu'on s'est gardé d'admettre dans ce docte aréo-
page le seul académicien, connaisseur raffiné comme pas
un, homme d'esprit et de goût par excellence, M. Alphonse
Balat, architecte du Roi et membre de la Commission du
Musée de peinture et de sculpture, membre le plus distin-
gué, et de beaucoup, de cette Commission, mais caractère
trop respectueux de l'art et trop indépendant pour pro-
noncer jamais le Dignus es intrare en faveur de n'importe
quelle peinture, soit fausse, soit simplement médiocre, si
hautement patronnée qu'elle soit.

VI

Le Président de l'Académie, dont la santé est grave-
ment altérée, ne figurait là que par pure étiquette; il est
peut-être encore un peu plus étranger aux questions d'art
que le secrétaire perpétuel, M. le général Liagre, dont nul
ne conteste la haute valeur scientifique. Quant à M. Gal-
lait, il ne s'est en aucune façon mêlé d'organiser quoi que
ce soit, par l'excellent motif que si l'on a usé de son nom,
on ne l'a consulté ni peu ni prou; il ne se doutait même
pas de l'entreprise avant qu'on ne l'exécutât, ainsi qu'il ne
l'a point caché. Sept autres membres, se sachant purement

1. Voir l'Art, 12* année, tome II, pages 180 et 200.

et simplement en façade lorsqu'il s'agit de se prononcer
sur l'authenticité de tableaux anciens, ont modestement
abdiqué entre les mains de deux d'entre eux, à qui ils ont
habilement repassé la lourde responsabilité d'organiser
seuls cette exposition, nous en avons la preuve écrite sous
les yeux. Ni l'un ni l'autre n'ont vu le piège, bien que
l'effacement de leur confrère, le savant directeur du Musée
Plantin, M. Max Rooses, eût dû suffire à éveiller leur
clairvoyance. Grisés par le dangereux honneur qui leur
était fait, ils n'ont pas un instant songé à l'unique planche
de salut certain à laquelle il leur était si facile de recourir.
Ils n'avaient qu'un mot ù dire et le concours de l'homme
le plus compétent, de M. Victor Le Roy, le commissaire-
expert du Musée, leur eût certainement été acquis de la
façon la plus discrète. Ils ont bénévolement cru qu'étant
seuls à la peine, ils seraient à coup sûr seuls à l'honneur.
Ils ne se sont jamais douté du fiasco désastreux au-de-
vant duquel ils couraient, et n'allez pas croire 'que nous
y mettions de la sévérité ou la moindre exagération
en nous exprimant ainsi. Tout connaisseur s'est pro-
noncé bien plus catégoriquement encore. Nous nous con-
tenterons d'en citer un exemple : nous causions avec
M. Stiénon, le sympathique et zélé secrétaire de la Com-
mission du Musée, devant la porte de l'Exposition, lors-
qu'en sortit un amateur anglais dont le savoir est bien
connu et très apprécié à Paris : « Allez-vous voir ce tas de
croûtes ? » nous demanda-t-il irrévérencieusement. Pour
être concis, ce jugement n'en est pas moins des plus équi-
tables, à de rares exceptions près.

VII

Les deux éminents érudits qui se sont si légèrement
compromis dans cette aventure sont si peu propres à cette
difficile besogne qu'ils n'ont pas tardé à ne savoir où don-
ner de la tête. C'est à ce point qu'ils n'ont pas même pu
trouver le temps de s'occuper du catalogue dont ils ont été
réduits à abandonner la rédaction à Dieu sait quel gratte-
papier. Celui-ci s'est avisé d'y parler une langue qui, pour
n'être plus du flamand, est fort loin d'être du français ; —
vous allez en juger.

(La suite prochainement.) noël GehUZAC
 
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