Revue égyptologique — 3.1883

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Eugène Eevillout.

D'après ce principe de conciliation les temples furent naturellement ménagés. Un régime
mixte et concordataire semble s'être dès lors établi. Sous ce régime, le roi grec fit bien;
il est vrai, payer à sa caisse des impôts qui sous Darius encore se payaient à la caisse
sacerdotale, comme l'impôt du dixième sur les ventes contractées à Thèbes. Il continua aussi
à laisser dans les temples des garnisons 1 de soldats grecs, nommés en démotique même
ffTpaTKOTYjç et dont parlent sans cesse nos contrats du Sérapéum aussi bien que les papiers
des reclus grecs du même temple, soldats qui, d'après un autre document, se partageaient
en entier et louaient à des Egyptiens le neter-hotep ou domaine sacré (tepa y*)) du dieu Hormen.

Il s'attribua bien, en outre, à lui-même une bonne partie de ces mêmes domaines, et
dans ceux qu'il laissait aux prêtres, il ne leur abandonnait que des parts dites convenables, en
grevant encore d'impôts énormes les jardins et les vignes dont l'usage leur était directement
conservé. Mais en même temps qu'il réduisait ainsi la ispa y*] à un nom presque vide de sens2
et confisquait en réalité la plupart des biens ecclésiastiques, il dut en revanche assurer un
budget suffisant aux besoins du culte. De là pour les temples et les prêtres trois sortes de
revenus indiqués dans les décrets trilingues et les documents du même genre :

1° les a::G;j.5'.pa ou parts convenables (to) assignées sur ce qu'il restait de biens ecclésias-
tiques libres;

2° les cwvtaÇiç (de auviasaw organiser, établir, ordonner) ou budget royal touché par les
temples;

3° les avvsia (ah) purifications, mot qui désignait spécialement les lustrations, c'est-à-
dire le troisième genre d'offices religieux après les sacrifices et les libations, mais qui s'ap-
pliquait d'une façon générale à tout le casuel des temples.

Parmi ces trois revenus, le plus important était le budget royal ou les g'jvTa;'.c payées
par le roi aux sanctuaires, genre de contributions sans cesse nommé dans les papiers du

1 Nous trouvons aussi sous les Lagides le droit pour les fonctionnaires de descendre dans les sanc-
tuaires et de s'y faire nourrir aux frais des prêtres. Letronne, dans ses Inscriptions dÉgypte, a publié une
requête des prêtres de Philes à Évergète II qui est ainsi conçue : «Au roi Ptolémée, à la reine Cléopatre,
> sa sœur, à la reine Cléopatre, sa femme,__les_clieux Évergètes, salut! Nous, les prêtres d'Isis adorée à Abaton
» et à Philes, déesse très grande, considérant que les gens de passage à Philes, stratèges, épistates, thébarques,
» basilicogrammates, chefs des Phylacites (ou gendarmes), tous les autres officiers publics, les troupes qui les
» accompagnent et le reste de leur suite, nous contraignent de fournir aux frais de leur présence et qu'il
» résulte de tels abus que le temple est appauvri et que nous courons le risque de n'avoir plus de quoi suffire
»aux dépenses réglées par la loi pour les sacrifices et les libations qui se font pour la conservation de vous
»et de vos enfants; nous nous supplions, dieux très grands, de charger, s'il vous plaît, Numénius, le parent
»et épistolographe, d'écrire à Lochus, le parent et stratège de la Thébaïde, de ne point exercer à notre
» égard de ces vexations, ni de permettre à nul autre de le faire, de nous donner à cet effet les arrêtés
» d'usage, où sera comprise la permission d'élever une stèle, etc. » Numénius le parent, épistolographe et
prêtre d'Alexandre, des dieux Sauveurs, des dieux frères, etc. (fonction qui avait été réunie à la charge
(['épistolographe depuis le moment où, sous le règne précédent, on cessa de mentionner les noms de ces
prêtres épouymes), transmit en effet peu de temps après — avec une lettre de lui — l'arrêté royal adressé
au stratège, et il permit en même temps directement aux prêtres d'élever la stèle qui nous a fourni le
texte officiel de ces trois pièces précieuses. Par une curieuse conservation d'usages invétérés, nous voyons
les moines du temps de Théodose II se plaindre en Egypte des mêmes abus de la part des stratèges
et des généraux. (Voir « Sénuti le prophète » dans la Bévue de l'histoire des relie/ions.)

- Notons cependant qu'on voit souvent dans les contrats démotiques des ventes ou locations de
neter hotep faites par des prêtres à des laïques.
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