La chronique des arts et de la curiosité — 1912

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ET DE LA CURIOSITÉ

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A 11 heures, le premier étage /antiquités égyp-
tiennes, grecques et orientales, dessins, objets
d'art, mobilier;;

A midi et demi, le rez-de-chaussée (sculpture).

Ce nouvel horaire durera jusqu'au jour où, le
personnel étant au complet par suite de l'adjonc-
tion de nouveaux gardiens et de gardiens de la
paix, toutes les salles du musée pourront être ou-
vertes en même temps.

PETITES EXPOSITIONS

Prix du Salon et Boursiers de voyage
(Grand Palais)
L'institution des bourses do voyage s'accorde si
'bien avec les aspirations de la culture moderne
-qu'on en a étendu le bénéfice aux lettres et aux
■sciences. Les colonies ont imité l'exemple de la
métropole et l'on s'est réjoui de voir les gouverne-
ments do l'Algérie et de l'Jndo-Chine créer à
l'intention dos peintres des récompenses analogues.
Ce succès s'explique par les conditions mêmes
dans lesquelles ces distinctions s'obtiennent. L'ar-
tiste n'est pas soumis aux règles d'une tâche tracée
A l'avance : c'est l'effort libre, spontané, que l'on
recherche et que l'on accueille; de là l'extrême
diversité des natures et des talents tirés de pair.
Ce caractère particulier ressort avec évidence,
quand on met en parallèle avec la dernière expo-
sition des envois de Rome ce troisième Salon des
Boursiers de voyage.

Pourlant, des artistes d'élection. MM. Ernest Lau-
rent, Le Sidanor, Amaa-Jean, Dampt, n'y sont point
représentés. La personnalité qui tranche le plus
fortement sur l'ensemble est celle de M. Henri Mar-
tin. On n'a pas oublié avec quel bonheur ce beau
peintre sut appliquer à la décoration les principes et
la technique de l'impressionnisme. Les paysages et
des tableaux de ligures qu'on voit au Grand Palais
montrent comment chez lui la lumière enveloppe
la forme, comment elle en caresse et en émousse
les contoui's. Ces problèmes de l'ambiance n'inté-
ressent pas M.Charles Gottet; à regarder la Céré-
monie religieuse à Iiuryos et Douleur au pays
-le la Mer, il semble renouer plutôt avec Courbet
«t rechercher l'expression par le caractère des
attitudes et la gravité du ton ; mais le souci pré-
dominant du drame L'entraîne à rejoindre, par delà
son illustre devancier, les romantiques.

La Brelagne compte encore d'autres peintres :
M. d'Estiennc, dont la sincérité s'ennoblit d'émo-
tion ; M. Lemordant, qui-traduit par des traits
énergiques et une couleur vibrante la lutte quoti-
dienne de l'homme dans la lande ou sur la grève
-que balaye le vent. Plus d'un se limite à l'ana-
lyse dos mœurs ; et alors le cadre n'intervient
•qu'autant qu'il contribue à préciser leur caractère.
C'est toujours L'idée de l'activité ouvrière qu'évoque
M. Adler dans ses croquis de détail, comme dans
son tableau des Hauts-Fourneaux. Avec du
sang-froid et une grande ténacité, M. Jonas atteint
moins aisément à la généralisation : regardez
plutôt les scènes de petites villes qu'il retrace,
telles les Noees d'or ou les Orphéonistes d'Anzin.

A côté de ces oîuvres issues de l'observation
•directe de la réalité — et nous n'avons pas cité M.
Jean Roque, qui se montre dessinateur plein d'auto-
rité après s'être naguère révélé coloriste brillant
— il plait de rencontrer les tableaux où M. Glovis

Gazes rénove l'interprétation des mythes antiques,
ainsi que les batailles de M. Fouqueray : l'artiste y
traite ce genre difficile, un peu selon le mode de ses
prédécesseurs du xvir et du xvm0 siècle, en mas-
quant l'idée do la mort par la fougue du tumulte
et l'éclat du pittoresque. — La plupart mirent si bien
à profit leurs excursions aux pays étrangers, que
Venise (M. Saint-Germier), l'Espagne (M. Gour-
dault), les Flandres (M. Duvent), l'Angleterre
(M""» Delasalle), leur sont devenus comme une
seconde patrie.

Les sculptures groupées sous la rotonde et dans la
nef confirment pareillement le profit tiré de ces faci-
lités d'enseignement par des talents orientés dans
des sens divers, sinon contraires. Du Pascal de
M. Gustave Michel vous diriez quelque morceau
de réception du xviu" siècle, agrandi, comme fit
Pigalle pour son Mercure; M. Roger Bloche nous
ramène à un art qui recherche la modernité par un
métier volontairement fruste ; cette simplification
des plans, qui constitue une des tendances caracté-
ristiques do la statuaire contemporaine, est encore
très saisissante chez M. Halou et chez M"* Jane
Poupelet; on sourit à la grâce, aisée chez M. Al-
liot et M. Laporte-Blairsy, parfois un peu
mièvre chez M. Larche et M. Max Blondat.
La personnalité de M. Fernand David est autre-
ment affinée, et toute en retrait ; la gloire
tarde à lui venir ; elle n'en sera que plus du-
rable et plus sûre ; je regrette seulement les dé-
lais apportés à reconnaître des privilèges qui
résultent d'une pénétration d'esprit profonde et de
la sensibilité la plus rare.

Vous apprendrez ici comment la gravure origi-
nale tend à supplanter la gravure de reproduc-
tion, en attendant que l'Académie consacre par
quelque élection l'évolution de cette technique. Les
artistes hier récompensés — c'était justice — MM.
Corabœuf, Gusman, Payrau ou Goppier, s'étaient
montrés des interprètes avertis et doués, et la
Gabelle n'aurait garde de rabaisser le mérite
d'artistes qui furent tous ses collaborateurs. Les
derniers titulaires, graveurs originaux, se nom-
ment MM. Hallo, Sureda; l'ensemble important
groupé par M. Laboureur consacre cette victoire
de l'estampe de peintre.

Gréée depuis peu, la bourse de voyage attri-
buée aux arts décoratifs est celle peut-être dont
l'expérience a le mieux prouvé l'utilité ; on
connaît de reste M. Decamr, M. Decorchemonl, et
M. Baslard qui cisèle dans la nacre de ravissants
poèmes ; l'entreprise de M. Lebourgeois ne le cède
à aucune autre pour l'intérêt ; ses dessus de
portes, ses panneaux, ses départs d'escaliers en
bois sculpté, d'une conception originale et d'une
facture appropriée, le recommandaient déjà à notre
sympathie ; de plus M. Lebourgeois n'a pas
conçu de moindre ambition que de seconder le
progrès de l'architecture moderne en inventant
pour le ciment armé dos modèles en tout point
excellents; ils montrent le rude « matériau » ca-
pable de s'assouplir et de recevoir l'agrément
imprévu d'une décoration appropriée.

Exposition de la « Phalange »

(Galerie des Artistes modernes)

C'est un groupe nouveau dont on ne perçoit pas
très nettement la nécessité ni le lien, mais qui, à
tout prendre, ne mérite pas moins d'attention que les
autres. Peu d'artistes y sont indifférents : les
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