La chronique des arts et de la curiosité — 1913

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LA CHRONIQUE DES ARTS

précis et si juste, les auteurs ont recueilli un galet
de calcaire de 8 centimètres do longueur. Il porte
d'un côté la gravure de la moitié du corps d'une
femme et, de l'autre, celle d'un homme tout entier
ayant très nettement un masque. Ces figures sont
grossières, naïves, d'un art maladroit, qui contraste
avec l'art animalier concomitant, si habile et si
élégant.

Cet ensemble remarquable apporte une contribu-
tion nouvelle à l'étude de l'art quaternaire et il
fait désormais partie des séries du musée de Saint-
Germain.

Un souvenir des guerres d'Italie sous Louis XII.
— M. le comte Durrieu fait la communication sui-
vante :

Le roi Louis XII s'étant emparé de Gênes en
1507, confia le gouvernement de cette ville, de 1508
à 1512, à l'un de ses chambellans, François do
Rochechouart, seigneur de Ghandenior. Homme
de guerre et administrateur, François de Roche-
chouart était en même temps un bibliophile, s'in-
téressant spécialement aux livres d'ordre histori-
que. Pendant qu'il fut gouverneur de Gênes, il
occupa un auteur qui a écrit en français sous le
vocable d'Alexandre Sauvaige, mais qui était en
réalité un Italien, de nationalité génoise, apparte-
nant à la famille Salvago. Ce Sauvaige ou Salvagot
rédigea notamment, sur les indications de Fran-
çois de Rochechouart, une sorte d'histoire univer-
selle très abrégée, intitulée L'Ethiquetle des temps.

Le comte Durrieu présente à l'Académie l'exem-
plaire original de cet ouvrage, exécuté en 1511
pour François de Rochechouart lui-même, C'est un
beau manuscrit sur parchemin, illustré d'un
grand nombre de dessins à la plume, en partie
rehaussés d'or, d'une exécution extrêmement re-
marquable. Ce manuscrit était il y a un siècle à
Toulouse dans la collection du comte de Mac-
Carthy Reagh, qui fut vendue en 1815. Il a passé
ensuite en Angleterre, puis en Amérique, et c'est
à la suite d'une vente do la bibliothèque Robert
Iloe, effectuée l'an dernier à New-York, que le
comte Durrieu a pu le faire rentrer en France.

Très important par la qualité de son ornemen-
tation et intéressant pour son texte, le volume
dédié à François de Rochechouart constitue, en
outre, comme un souvenir matériel de cette occu-
pation momentanée de Gênes par la Franco, qui
compte parmi les faits notables des guerres d'Italie
au temps de Louis XII.

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Société des Antiquaires de France

Séance du 2 avril

M. Emile Chenon entretient la Société do
l'usage, répandu au Moyen âge, de bénir les vases
antiques trouvés dans le sol avant de les utiliser.

M. Henry Corot annonce les premiers résultats
de la fouille qu'il a entreprise dans un tumulus
situé sur le territoire de la commune La Ville-
neuve-la-Cou vont (Gôte-d'Or).

Société de l'Histoire de l'art français

Séance du 4 avril
M. Paul Vitry présente à la Société un masque
funéraire en marbre du xrv" siècle, récemment

entré au Musée du Louvre. Il rappelle à son propos
les observations, — incontestables suivant lui, mal-
gré certaines attaques récentes, — faites par Cou-
rajod sur l'apparition du réalisme au xrv' siècle.

M. Henri Stein communique une lettre du Pri-
matice qu'il a récemment trouvée ; cette lettre, datée
du 18 décembre 1562, est adressée de Rome à Cathe-
rine de Médicis.

Un portrait inconnu d'Antoine Vestier

Les œuvres d'art conservées dans les hôpitaux
de Paris, et dont on a fait récemment un inven-
taire (l) très complet, sont de très inégale valeur,
et quelques-unes n'ont qu'un intérêt documentaire.

La plupart des toiles qui ornaient les anciens
hôpitaux ont été dispersées, lors do la tourmente
révolutionnaire, ou au moment de la démolition
des bâtiments vétustés. Parmi ceux qui demeu-
rent, transformés dans le Paris moderne, seule la
Salpêtrière, l'ancien Hôpital général, a conservé
presque intacte sa décoration d'autrefois (2), mais
à Port-Royal (3) (Maternité), aux Incurables (Laën-
nec), à la Charité (4), rien, pour ainsi dire, ne
subsiste.

Les œuvres qui figurent dans les établissements
hospitaliers datent presque toutes du xix* siècle.
Quelques-unes, d'ailleurs, sont de^haute valeur. IL
suffira de citer : La Charité d'Abel de Pujol, à la
fondation Boulard à Saint-Mandé ; La Prière des
enfants teigneux; de Pils, à l'hôpital Saint-Louis %
Velpeau et ses élèves, par Feyen-Perrin, à l'Hôtel-
Dieu ; le portrait de Madame de Lariboisière par-
Gros, et même la grande composition de Robert-
Fleury, Pinel délivrant les aliénés, à la Salpê-
trière. ou encore les bustes de Benjamin Delcssert
par Ary Scheffer, do Sœur Rosalie par Maindron,
de M. et M"'° Chardon-Lagache, par Carpeaux.

Beaucoup plus rares sont les œuvres datant de
l'ancien régime, dont l'attribution est souvent in-
certaine : il est fort douteux que le buste de
Nicolas Beaujon soit de Houdon, que Madame de
Bullion, femme du surintendant des Finances, soit
de Ph. de Champaigne, et que le Louis XIVadmiré
par l'univers, conservé à la Salpêtrière, soit de
Mignard. 11 n'en est pas de même du tableau sur
lequel nous voudrions aujourd'hui attirer l'atten-
tion, et dont l'authenticité nous paraît garantie.
Il s'agit d'un médaillon de 0,67 sur 0,56 conservé à
l'Hôtel-Dieu de Paris, représentant un ancien
administrateur de l'hôpital, M. de Tilière, et qui
porte au verso du cadre en bois sculpté la mention
« par Antoine Vestier, de l'Académie ». Sans doute
la toile n'est pas signée, mais Vestier ne signait
pas habituellement ses œuvres, et, jusqu'à preuve

(1) M. Fosseyeux, Inventaire des objets d'art
appartenant à l'Assistance publique, Paris,
Berger-Levrault, 1910, in-8°.

(2) Cf. Inventaire des richesses d'art de Paris :
l'église de la Salpêtrière, in-4°.

(3) V. A. Hallays, Le Pèlerinage de Port-Royal
Paris, 1909, in-12, et D' Delaunay, La Maternité
de Paris, 1909, in 8".

(4) Cf. Arch. du Musée des Monuments fran-
çais, Paris, 1886, t. II, p. 133.
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