La chronique des arts et de la curiosité — 1913

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LA CHRONIQUE DES ARTS

Notes d'art et d'archéologie (septembre, octo-
bre et novembre). — L'Évolution du plan de l'é-
glise paroissiale en Angleterre, par M. R. Pro-
phétie (5 fig.)

— Le Baron Henri de Geymûller, par M. A.
Sainte-Marie Perrin (avec des lettres inédites).

BIBLIOGRAPHIE

E. Fenellosa. — L'Art en Chine et au Japon.

Adaptation et préface par M. Gaston Mtgeox.
Paris, Hachette et Gis. In-8°, 336 p., av. 197 gra-
vures en noir et 1G planches en couleurs.

Fenellosa a été certainement un des hommes qui
ont le mieux connu l'art chinois et japonais. Ap-
pelé en 1878 à l'Université de ïokio, il no cessa de
l'étudier depuis ce moment jusqu'à sa mort en 1908,
parcourant sans cesse le pays â la recherche de
ses antiques trésors d'art, tantôt pour sa propre
instruction, tantôt comme membre de la Commis-
sion de classement des monuments historiques. Au-
cun temple, aucune collection privée ne lui étaient
demeurés fermés. Il profita do ces circonstances
exceptionnelles pour former une admirable collec-
tion qui est passée depuis tout entière au musée do
Boston, l'un des plus riches du monde, grâce à
lui, en œuvres de l'Extrême-Orient, et put ac-
quérir sur cet art qui le passionna les notions les
plus précises. Le but de sa vie était d'en écrire l'his-
toire; il y travaillait quand la mort Je surprit,
mais les mains pieuses d'une collaboratrice ont
achevé l'ouvrage interrompu, et M. Migeon en pu-
blie une excellente traduction, une adaptation plu-
tôt, car il a supprimé d'inévitables répétitions et
clarifié le tout.

Fenellosa n'était pas seulement un érudit, il sen-
tait fortement aussi, et c'est l'union de ces
qualités qui fait l'intérêt de son œuvre. Sa passion
éclate à chaque page et est souvent communica-
tive. 11 prend l'art chinois à son origine et trouve
pour en caractériser les grandes époques, celles
qui lui tiennent le plus au cœur, les expressions
les plus fortes et les plus justes ; mais sa sympa-
thie pour la Chine ne le rend pas injuste pour le
Japon, et, tout en montrant admirablement ce
qu'il doit à l'empire voisin, il sait reconnaître
l'originalité et la beauté de ces transformations.
Un des chapitres les plus curieux et les plus nou-
veaux est celui où l'auteur a résumé ce que l'on
sait des influences occidentales sur l'Extrême-
Orient à la fin de l'antiquité et durant le haut
Moyen âge.

Après le volume de Bushell sur l'art chinois,
celui de Fenellosa, plus développé et qui va plus
profondément, est le bienvenu, et il faut remercier
M. Migeon de le faire connaître aux Français.

R. K.

Claude Cochin. — La Chapelle funéraire des
Arnaud à Saint-Merri de Paris et le tom-
beau du marquis de Pomponne par Barto-
lomeo Rastrelli. Paris, Champion, 1912. In-8°,
32 p.

M. C. Cochin a trouvé dans les archives du
château de Fayel (Oise) une pièce fort intéres-
sante. Elle nous renseigne sur le tombeau que
dans la chapelle familiale des Arnaud à Saint-

Merri la marquise de Pomponne lit élever à son
mari, mort en 1G99, par le sculpteur florentin
Bartolomco Rastrelli. Nous étions très mal ren-
seignés sur les débuts de cet artiste, qui suivit
Pierre le Grand en Russie et laissa à Pétersbourg
des œuvres cé'èbres. M. Lionello Venturi affirmait
même récemment : « C'est un sculpteur complète-
ment inconnu en Italie et il m'a été impossible de
trouver aucun souvenir de lui dans les répertoires
italiens. » (Arte, 1" août 1912.) M. Cochin nous
montre l'artiste qui, présenté par un protégé do
Mazarin, Otto Melani, élève à la modo de l'Italie
un monument chargé d'ornements polychromes et
riche d'allégories, puis qui bientôt décore toute
la chapelle. C'est pour l'histoire de l'italianisme
en France un renseignement nouveau et d'autant
plus précieux que l'œuvre de Rastrelli a disparu
lors do la Révolution.

L. II.

Bruno Liljefors : Ute i markerna. — Stockholm,
Albert Bonnier. Album petit in-folio oblong, do
33 planches en couleurs, av. 4 p. d'introduction.
M. Bruno Liljefors est un des premiers peintres
animaliers d'aujourd'hui : on a pu se rendre
compte à Paris de sa valeur lors de l'Exposition
Universelle de 1900 el à la récente exposition des
Artistes animaliers, où figuraient plusieurs de ses
toiles. La grande séduction de celles-ci, en dehors
de leur mérite pictural, est que les animaux, au
lieu d'y être traités de façon plus ou moins décora-
tive et d'y « poser », pour ainsi dire, y apparaissent
saisis sur le vif, dans leurs allures et ambiance
coutumières. L'artiste, en effet, pour les mieux
observer, vit au milieu de ses modèles, installé
dans l'île de Bullero, sur les côtes de Suède, ne se
lassant pas d'étudier les mœurs de ses animaux
favoris : eiders, mouettes, courlis, bécassines,
coqs de bruyère, aigles, lièvres, renards, etc. On
aura plaisir à assister aux faits et gestes de toutes
ces bêtes en feuilletant ce bol album — préfacé
par l'artiste lui-même, — où sont reproduits en
couleurs, avec la plus délicate fidélité, une tren-
taine de tableaux choisis parmi les meilleurs de
M. Liljefors. Peut-être n'a-t-on jamais rendu avec
autant de parfaite vérité ces êtres sauvages, n'a-
t-on jamais mieux exprimé la poésie de leur libre
existence.

A. M.

Cézanne Mappe ; — Van Gogh-Mappe ; — Gau-
guin-Mapp». — Mûnchen, R. Piper et C'\ 3 al-
bums in-folio, de chacun 15 planches.
Cézanne, Van Gogh, Gauguiu, los trois maîtres
que la jeune génération artistique a élus pour ses
éducateurs et dont le Salon d'Automne vient de
montrer une fois de plus la permanente influence,
viennent d'être l'objet en Allemagne, où leur au-
torité n'est pas moins grande, d'une publication
destinée à les glorifier et à les faire mieux con-
naître. Ce sont trois albums, composés chacun do
quinze belles planches en photogravure reprodui-
sant leurs œuvres les plus typiques ou les plus
célèbres, portraits, natures mortes ou paysages,
et permettant de se faire une idée très juste de
leur importance et des caractéristiques de l'œuvre
de chacun d'eux. La qualité de ces reproductions
et le bon marché de ces recueils séduiront certai-
nement tous les admirateurs de ees maîtres.

A, M.
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