La chronique des arts et de la curiosité — 1914(1916)

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ET DE LA CURIOSITE

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II. Havard, de G.. Vanzype (auxquelles il faut
joindre nombre d’articles de revues en tous pays),
un ouvrage monumental fut consacré, en 1907, à
Yermeer par l’érudit historien de l’art hollandais
C. Hofstede de Groot, qui nous offrit, en magni-
fiques héliogravures d’un format exceptionnel,
la reproduction de tout l'œuvre du maître avec
celui de son contemporain et émule Karel Fabri-
tius. Mais le prix considérable de ce bel album le
rendait inaccessible à bien des bourses. Aussi
saura-t-on gré à l’éditeur Hiersemann d’avoir
voulu mettre à la portée du grand public les en-
seignements qui en découlaient en publiant à
nouveau l’œuvre de Vermeer dans des dimensions
et à des conditions plus modestes, accompagné
d'une monographie détaillée.

M. E. Plietzsch est l’auteur de ce travail, le
premier livre paru en Allemagne sur le maître de
Delft. C’est un ouvrage écrit sans vainc recherche
de littérature, avec une intelligence pénétrante
et une connaissance parfaite du sujet. L’auteur
cherche, avant tout, à instruire et à faire com-
prendre le caractère et la beauté de cette œuvre.
Pour cela, il nous en montre le développement
successif, étudiant dans leur ordre chronologique
les trente-huit peintures connues de Yermeer (dont
l’une, La Femme au luth, appartenant à M. P.
Collins Huntington, à New-York, est ici men-
tionnée pour la première fois), montrant les rap-
jrorts de style qu’elles décèlent parfois avec l’art
de Rembrandt (par exemple, l’Astronome,la Diane
avec ses nymphes) ou celui de Fabritius, quelle
influence elles exercèrent sans doute sur Pioter do
Hooch, enlin quelle expression elles donnent de
l’époque et du milieu où elles furent exécutées.

Le livre s’achève par la nomenclature par col-
lection (avec indication de dimensions) de ces poin-
tures, des notes sur les dessins attribués à Vermeer
et sur les tableaux qu’on trouve figurés dans ses
compositions, enfin une bibliographie des ouvrages
publiés jusqu’ici sur ce bel artisie.

NÉCROLOGIE

L’éminent compositeur et pianiste Raoul Pugno,
est décédé à Moscou le 2 janvier au cours d’une
tournée artistique.

Né à Montrouge (Seine) le 23 juin 1852, Raoul
Pugno avait fait ses études musicales au Conser-
vatoire de Paris. Après avoir obtenu successive-
ment le premier prix de piano (1866), le premier
prix de solfège (1867), le premier prix d’harmonie
et d’accompagnement (1867), le deuxième prix de
fugue (1869) et le premier prix d’orgue (1869), il
devint organiste et maître de chapelle à l’église
Saint-Eugène à Paris (1871-1872), puis il aborda
le théâtre. Il débuta en donnant à Asnières une
petite opérette : A qui la trompe? (1877), puis, après
avoir fait exécuter aux Concerts populaires une
grande scène religieuse, La Résurrection de Lazare
(1879), fit représenter La Fée Cocotte, féerie (1881) ;
Les Papillons, ballet, en collaboration avec Lippa-
cher (1881) ; Ninetla (1882) ; Viviane, ballet (1886);
Le Sosie (1887) ; Le Valet de cœur (1888) ; Le Re-
tour d’Ulysse (1889); La Vocation de Marins
(1896); La Danseuse de corde, ballet (1891); Pour
le drapeau, mimodrame (1895) ; Le Chevalier aux
fleurs, ballet, en collaboration avec M. André

Messager (1897). Mais il se rendit surtout célèbre
comme pianiste par la virtuosité de son jeu.

Nous avons le regret d’annoncer la mort du
graveur sur bois Ernest Boetzel, décédé la
semaine dernière à Villiers-sur-Morin (Seine-et-
Marne). Né à Saar-Union (Bas-Rhin) le l*r sep-
tembre 1830, il fut élève de Best, Hotelin et Ré-
gnier et exposa aux Salons, à partir de 1859, des
gravures sur bois originales 'ou de reproduction.
Parmi ses œuvres citons particulièrement les al-
bums que notre Gazette édita en 1855 et en 1865
d’après les principales œuvres de Salon, les gra-
vures qu’il donna également chez nous d’après
Holbein, Rembrandt, van Ostade, Paul Potter,
Claude Lorrain, etc. ; ses gravures d’après Gustave
Doré pour La Divine comédie et les Contes de
Perrault, ses illustrations pour Les Travail-
leurs de la Mer de Victor Hugo, etc. Il colla-
bora également au Paris-Guide de l’éditeur La-
croix en 1867, à l’Histoire des Peintres de Charles
Blanc, au Monde illustré, au Musée des Familles,
à l'Univers illustré, à l’Année illustrée, etc. Il
avait fondé également en 1856 le Veilleur de
nuit de Strasbourg.

II était chevalier de la Légion d’honneur.

Nous avons le bien vif regret d’enregistrer aussi
la mort d’un de nos meilleurs érudits provinciaux,
qui fut en même temps un éminent historien de
l’ancienne France : M. Albert Arsène Babeau,
membre de l’Académie des Sciences morales et
politiques, décédé le 1" janvier à Paris. Né à
Cambrai, en 1835, d’une ancienne famille originaire
des Riceys (Aube), Albert Babeau commença par
appartenir au barreau, mais bientôt l’abandonna
pour se consacrer uniquement à l’histoire, sa vé-
ritable vocation, et spécialement à celle de Troyes
et de la Champagne, son pays d’adoplion. Dès son
premier ouvrage, Le Parlement de Paris à Troyes
en 1787 que suivit L’Histoire de Troyes pen-
dant la Révolution, il montra les qualités
solides de méthode, de sûre et minutieuse infor-
mation puisée aux sources publiques ou privées,
aux « livres de raison », aux récits des mémo-
rialistes et des voyageurs, et aboutissant à une
vivante évocation, qu’allaient manifester les livres
vite devenus célèbres, et utilisés même par un
Taine, où il ressuscitait sous toutes ses formes la
vie de l’ancienne France : La Ville sous l’ancien
régime; Le Village sous l’ancien régime; Arti-
sans et domestiques d’autrefois ; Bourgeois d'au-
trefois, etc. Eu même temps, il consacrait une
partie de son temps, avec un labeur infatigable, à
remettre en lumière le passé artistique si riche de
Troyes et de la Champagne : il a donné dans les
Mémoires de la Société académique de l'Aube (So-
ciété dont il fut plusieurs fois le président), dans1
T Annuaire de l’Aube, dans la Revue de Cham-
pagne et de Brie, plus de cent mémoires parmi
lesquels nous citerons : Le Château de la Cha-
pelle-Godefroy ; Notes sur Dominique et Gentil ;
Dominique Florentin, sculpteur du xvr siècle ;
Les Prédécesseurs de François Gentil ; L’Enigme
de François Gentil; Le Château de Brienne;
L’Eglise Saint-Pantaléon à Troyes et ses objets
d'art ; Les anciennes tourelles des maisons de
Troyes ; N inet de Lestin, peintre Iroyen ; Les
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