La chronique des arts et de la curiosité — 1914(1916)

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ET DE LA CURIOSITÉ

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Propager les conférences ayant pour but l’édu-
. cation du goût chez les artisans ; utilisation fré-
quente des projections et des expositions circu-
lantes de modèles nouveaux et harmonieusement
. conçus. Visites d’usines et d’ateliers. Démonstra-
tions esthétiques et techniques d’œuvres choisies.
-Concours d'apprentis, création de bourses de sé-
jour, de travail, dans la capitale et à l’étranger;

Délivrance d’un certificat de capacité profes-
sionnelle constituant un brevet d’artisan ou d’ou-
vrier.

Et, concernant les industriels et les patrons :

Qu'il soit accordé des primes ou récompenses
aux patrons ayant formé les meilleurs apprentis.

---«-

Les Œuvres d’art et la Guerre

Comme suite et complément aux articles si do-
. cumentés de M. André Michel et de M. J. X., pu-
bliés dans le dernier numéro de la Gazette des
Beaux-Arts, sur les destructions commises en
France et en Belgique, nous donnons ci-après les
renseignements qui ont pu être recueillis sur les
. collections artistiques ou historiques et les œu-
vres d’art des musées et des églises dans les
pays qui ont eu à souffrir de la guerre et dans
les régions encore envahies par l’ennemi.

Des musées de Reims, seul subsiste le musée
. des Beaux-Arts, où quelques toiles modernes seu-
lement ont été atteintes par le bombardement. Les
Archives départementales n’ont pas souffert.

A Arras, on a pu sauver à temps quelques ob-
jets précieux du trésor de la cathédrale, notam-
ment le célèbre reliquaire en argent repoussé et
niellé delà Sainte Chandelle (xnr siècle), une belle
Vierge en marbre et la Tête du Christ en chêne
du xv" siècle provenant d’un ancien Calvaire ;
mais d’autres œuvres, cachées à Arras même, ont
été anéanties parle bombardement.Les deux trip-
tyques de Jean Bellegambe, qui ont été endomma-
gés, sont maintenant au Louvre. De même on a
ramené à Paris environ 240 tableaux du musée,
.sauvés grâce au zèle du conservateur, M. Advielle,
avec quatre statuettes en albâtre des Rois Mages,
un groupe en bois sculpté, Le Christ et Judas,
provenant d’un retable, des objets d’orfèvrerie
religieuse, une chasuble du xv" siècle, la char-
mante petite Tête de femme (effigie funéraire) en
marbre, datant du xiv" siècle, du Musée lapidaire
dont les collections s’ont enfouies sous les ruines
du palais Saint-Waast(l). Malheureusement, les ta-
pisseries, qui avaient été cachées dans une cave
de cet édifice, ont été brûlées. Tous les manuscrits
. de la Bibliothèque sont sauvés, sauf les recueils
du P. Ignace et de Godin, dont la perte est déjà
suffisamment déplorable. Aux Archives départe-
mentales, on a réussi à préserver les cartulaires,
les chartes et, en général, ldfe documents les plus,
précieux, qui ont été ramenés à Paris avec les
manuscrits de la Bibliothèque (2).

(1) La plupart de ces œuvres sont reproduites
dans une savante et intéressante plaquette dé
M. G. Enlart, Arras avant la Guerre (Paris, H.
Laurens, in-4” ; coll. des « Images historiques »).

(2) V. le rapport de M. Langlois, directeur géné-
rai des Archives Nationales, dans le Journal Offi-
ciel du 4 juin dernier.

Bien qu’il soit extrêmement difficile d’avoir des
renseignements exacts sur les œuvres d’art des
musées et autres édifices en pays envahi, on a
cependant quelques détails sur certaines collec-
tions publiques et sur diverses œuvres particu-
lièrement marquantes.

A Saint-Quentin, les Allemands ont fait rouvrir
le Musée Lécuyer qui contient la précieuse série
des pastels do La Tour, laquelle est restée intacte.
— A Lille, le directeur général des musées de
Prusse, M. W. von Bode, a fait enlever du musée,
pour l’attribuer à la ville de Francfort--sur-le-
Mein, un tableau de Piazzetta, L’Assomption de la
Vierge, alléguant que cette œuvre avait été peinte
pour l'église de l’Ordre Teutonique de cette ville.—
A Saint-Mihiel, le célèbre Sépulcre de Ligier Ri-
cliier, qui avait commencé à souffrir du bombarde-
ment, a été mis à l’abri derrière et sous un rem-
part de sacs de sable. La Vierge de pitié,du même
maître, à Etain, et son Calvaire, à Ilattonchâtel,
ont été transportés par les Allemands à Metz. —
De même, suivant une information donnée par le
journal de Munich, des officiers bavarois ont en-
voyé au Musée National de cotte ville une belle
Vierge gothique enlevée en Lorraine (à Lérou-
ville, dit-on).

En Belgique, les musées de Bruxelles sont jus-
qu’ici restés indemnes. — A Anvers, les Rubens
et autres toiles importantes de la cathédrale et
des autres églises avaient été, dès le début des
hostilités, mis en sûreté par les soins de la Com-
mission royale des monuments dans les caves du
musée des Beaux-Arts, ainsi que les collections de
ce musée et les Rubens et les Van Dyclc des
églises de la province d’Anvers et du Brabant
septentrional, — On assure que les Memling de
l’hôpital Saint-Jean, à Bruges, et spécialement la
Châsse de sainte Ursule, ainsi que le célèbre po-
lyptyque des Van Eyck à Saint-Bavon de Gand,
particulièrement convoité par les Allemands, au-
raient— d’après une information publiée récem-
ment par la revue La Renaissance (1) et donnée
comme certaine — été mis en sûreté hors de Bel-
gique.

Un de nos collaborateurs parlera prochainement
dans la Gazette des précautions prises en Italie
pour la sauvegarde des monuments et des œuvres
d’art et aussi des pertes artistiques qu’on a eu néan-
moins à déplorer, parmi lesquelles la destruction du
beau plafond de Tiepolo, La Translation de la
Santa Casa de Lorette, à l’église degli Scalzi, à Ve-
nise, qui fut atteinte par une bombe d’un avion au-
trichien le 24 octobre 1915, puis, de nouveau à Ve-
nise, la destruction par des bombes d’hydravions,
dans la nuit du 9 août dernier, de l’église S. Ma-
ria Formosa, d’où heureusement avaient été enle-
vés les tableaux de valeur (entre autres une Sainte
Barbe de Palma le Vieux, une Nativité de la Vierge
de Vivarini, une Descente de croix de Palma le
Jeune, une Cène de Bassano, deux Vierges deSasso-
ferrato et de Pietro de Messine), mais où les fres-
ques de Paoletti dans le chœur et les mosaïques
de-la voûte, d’après les cartons de Palma le Jeune,
ont été anéanties ; enfin, le 12 août, la destruction
par des obus lancés par des aviateurs autrichiens,
delà coupole d’une autre église de Venise, S. Pietro
di Castello. 1

(1) N° du 27 mai 191li.
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