Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 21.1866

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PIERRE PUGET

(su

1 T K 1. )

Si la sculpture pittoresque voulait
plaider une cause perdue, elle ne pour-
rait invoquer en sa faveur d’argument
plus décisif que les deux derniers ou-
vrages de Pierre Puget. Mais en même
temps elle irait au-devant d’une con-
damnation inévitable. Le bas-relief
d'Alexandre et Diogène et le bas-relief
de la Peste de Milan contiennent à la
fois, et les qualités les plus brillantes
auxquelles la sculpture pittoresque
puisse prétendre, et les défauts les plus
sensibles dans lesquels elle soit con-
trainte de tomber. Puget, ici, n’est pas
en cause. Contemporain de Bernin et de l’Àlgarde, comment se serait-il
affranchi de la contagion de l’exemple? Comment eût-il renoncé à ce
qu’il considérait avec eux comme un progrès sur l’art antique? Ou
plutôt ne se croyait-il pas, à juste titre, un digne continuateur des
anciens, puisque la colonne Trajane et l’arc de Constantin lui offraient
des modèles capables d’autoriser les tentatives les plus hardies? Ignorant
les Panathénées, pouvait-il ne pas ignorer ce que l’on a si bien nommé
les lois du bas-relief? Sur une page presque sans épaisseur, d’une main
toujours sûre et maîtresse d’elle-même, écrire de grandes choses dans un
style simple, dont le calme double la force, c’est le triomphe de l’art
grec. Puget, au contraire, attaquant le marbre d’une main fiévreuse,
M’efforce de lui arracher des saillies provocantes; il le creuse indéfmi-

1. Voir tome XVIII, p. 193 et 308; tome XIX. p. 218, 403, et tome XX, p. 253 et
340.
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