Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 21.1866

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LA GRAVURE AU SALON DE 1866

’ eau-forte triomphe cette année sur
toute la ligne, et ce Salon pourrait
être appelé « le Salon des Aquafor-
tistes. » L’administration lui consacre
toute une grande salle, et pour inviter
le public à s’y rendre, elle orne le
vestibule de cette salle d’honneur,
des envois et des prix de Rome. Le
jury s’associe à cette bienveillance :
et pour faire acte de grandeur d’âme,
car sur six membres élus il compte
dans son sein cinq graveurs au burin ou à l'aquatinta et un lithographe,
il distribue aux aquafortistes cinq des huit médailles dont il dispose.

C’est qu’à vrai dire l’eau-forte a fait depuis quelques années bien du
chemin. Les préventions du public sont dissipées : on l’appelait hier
encore «un délassement; » aujourd’hui on comprend que c’est un genre
très-sérieux, entraînant, pour être poussé à la perfection, une série d’es-
sais et d’études compliquées, exigeant des facultés naturelles de hardiesse
et de franchise très-rares, capable, plus qu’aucun autre procédé, d’ex-
primer la coloration, l’épiderme des objets bruts, la douceur et la vérité
des paysages, la tournure et la vie nerveuse des êtres animés. Alors que
le burin, je parle du burin moderne, ne tend qu’à reproduire la coloration
discrète de la fresque, les détails généraux du tableau, ou l’expression
recueillie du portrait, la pointe, plus vive, plus alerte, plus passionnée,
creuse les ombres, fouille les rides, fait saillir les angles, miroiter les
plans, étinceler les facettes; elle allume le regard, elle crispe le geste,
elle brode d’or le vêtement du prince et taille en lambeaux le haillon du
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