Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 21.1880

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ADRIEN BRAUWER

(deuxième et dernier article 1 )

Rembrandt ne s’est pas plus trompé que
Rubens. Tous deux ont eu une sorte de prédi-
lection pour les œuvres d’Adrien Brauwer, et
ils ont montré en ce point qu’ils avaient une
claire notion de la peinture et de la justice-
Brauwer est un artiste extraordinaire. Pour
aborder franchement l’étude de son génie, que
la plus exacte observation inspira toujours,
beaucoup d’entre nous sont gênés par les
tyrannies du vieil idéal. Il y a des gens qui se
croient proches parents d’Achille et d’Aga-
mernnon et pour lesquels un ivrogne n’est
pas un frère. Le brave Brauwer n’avait point
ces délicatesses inhumaines. Il s’est prodigieu-
sement intéressé à la mauvaise compagnie. 11
entre dans les tavernes,

Où le soldat douteux se transforme en larron;

il pénètre dans les lieux suspects où la muse de Régnier s’égara; il paraît
persuadé qu’un rustre parvenu au maximum de l’ivresse n’a peut-être
pas cessé d’être un homme.

Ce sont là des conceptions hardiment charitables. Florent Lecomte,
qui a, sur toutes ces questions, les sentiments d’un contemporain de
Louis XIV, a parlé de Brauwer d’une façon plaisante. « Il triomphoit
dans un ouvrage quand il pouvoit parvenir à peindre des caractères ridi-
cules et enjoués, comme par exemple un paysan ivre battu par sa femme
qui ne l’est pas moins; une compagnie d’ivrognes beuvans et fumans; des

t. Voir la Gazette, 2' période, t. XX, p. 465.
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