Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 21.1880

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LA

SCULPTURE AU SALON

I

Que le jury de peinture soit en effet coupable des noires
machinations dont il a été accusé, ou qu’il ait tout bonne-
ment cédé à des sentiments de charité et de camaraderie,
il n’en est pas moins certain qu’il a fort mal servi les inté-
rêts de l’art. Heureusement le jury de sculpture n’a point
suivi le mauvais exemple et ne s’est pas départi de ses habitudes de sage
sévérité. Aussi, tandis que le premier étage du palais des Champs-Élysées
a pris l’aspect d’une foire, le rez-de-chaussée a gardé celui d’un salon.
En haut la platitude abonde, le grotesque pullule, le charlatanisme s’étale
sur tous les murs, et, au sortir de cette cohue papillotante et criarde,
on se demande avec anxiété où va la peinture française. En bas, au contraire,
s’il y a beaucoup de choses faibles et banales, du moins rien n’est-il ri-
dicule ni choquant. On se sent au milieu de gens qui, pour être artistes,
n’en vivent pas moins dans notre monde, qui pensent et voient comme
vous et moi, et auxquels on n’est point tenté de recommander l’hydro-
thérapie; on est frappé de la suite dans les idées, de la conscience
dans l’étude, de la persévérance dans l’effort, et, fatigué et ahuri du tohu-
bohu de tout à l’heure, on se repose avec bonheur au spectacle d’une
école qui travaille sans bruit et qui progresse.

Voilà déjà plusieurs années que l’on peut constater pareille différence.
Ce n’est pas là un hasard d’un jour, mais un fait constant et dont les
causes sont multiples. D’abord, le peintre a dans son pinceau un instrument
d’une extrême puissance sans avoir, la plupart du temps, l’éducation in-
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