Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 21.1880

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FRANÇOIS BOUCHER.

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il était touché spécialement par la littérature du même siècle. De là ses
premiers essais dans VArtiste, où gouvernait Arsène Houssaye; de là
aussi une histoire presque aussitôt projetée de l’Ecole française en la
même époque, histoire dontlesfeuillets se multiplièrent peu à peu avec la
patience et la perspicacité minutieuse que nos lecteurs connaissent à ce
scrupuleux érudit.

La biographie de Boucher — précédée de notices soigneusement
étudiées sur Lemoyne, son maître, et sur Ch. Natoire, son concurrent
en peinture décorative, et suivie de quelques pages sur Deshays, dans
lequel il y eut du Jouvenet, et Baudoin l’érotique, ses gendres, sur Juste
Boucher, son fils, Challe et Soldi, ses élèves, — n’est donc en réalité qu’un
chapitre de l’histoire de l’art français, depuis les élèves de Lebrun jus-
qu’à l’avènement de David, chapitre élaboré cette fois avec son plein et
entier développement. 11 n’y a rien à ajouter à un tel travail, et bien fin
qui trouverait à y recoudre une notule. Tout ce qu’on en peut dire,
c’est qu’au point de maturité où est arrivé l’écrivain et le chercheur, il
serait à désirer que M. Quantin lui imposât l’obligation de vider dans
des chapitres pareils son sac tout entier, et nous aurions pour cette
période où pullulent des noms tous familiers à M. Mantz, nous aurions,
en faits, en dates et aussi en jugements, une histoire définitive de notre
École française, sur laquelle il n’y aurait plus à revenir.

M. Mantz a choisi pour le chapitre central de son histoire le nom de
Boucher, et il a bien fait. Le xvnr siècle est bien vraiment le siècle de
Boucher. Tout converge vers lui : tous les genres, il les pétrit à sa mode;
tous les artistes de valeur qui l’ont immédiatement précédé, Watteau,
Lemoyne, les Vanloo, les Coypel, les Parrocel, Oudry, Servandoni, il s’en
assimile le bon germe ; tous ceux qui l’entourent ou le suivent de près, il
les attire et les assouplit, les énerve au besoin, les discipline à sa
manière. Son action s’exerce entière, irrésistible, parle seul attrait de son
esprit, de sa grâce libre, de sa facile invention, sur les peintres, les
sculpteurs, les graveurs, les dessinateurs de vignettes, les décorateurs
et les machinistes de théâtre, les orfèvres, etc.

« Sous le règne de Mme de Pompadour, dit Paul Mantz, Boucher a été
étroitement mêlé à tous les arts du luxe et du décor. Dès sa jeunesse il
avait aimé l’arabesque. Ne voit-on pas dans le Journal de Barbier que,
lorsque la mode des pantins fit rage dans les salons de Paris, Boucher
avait enrichi de ses capricieuses enluminures un de ces jouets de bois et
de carton ? Grimod de la Reynière raconte que l’artiste a décoré quelques-
uns des œufs qu’on offrait à Louis XV à la veille de Pâques. Boucher a
fait des encadrements et des frontispices ; il a, d’un crayon robuste et
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