Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 2.Pér. 21.1880

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PIERRE YANEAU.

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de l'art français en province, a paru les frapper d’un étonnement plein
de scepticisme, avait-il pu être amené à faire un tombeau d’une -telle
importance pour le grand roi polonais? 11 y avait là à entreprendre une
étude intéressante et curieuse, et des recherches promettant évidem-
ment des surprises agréables. Je l’ai tenté. Beaucoup de points très
importants sont restés obscurs pour moi ; mais, à défaut de résultats
complets, j’aurai du moins la satisfaction d’avoir pu appeler sur une
œuvre et un homme presque inconnus l’attention des amateurs d’art et
des historiens.

Le projet de monument en l’honneur de Sobieski par Pierre Yaneau,
qui fait particulièrement l’objet de cette étude, n’est point un projet de
tombeau, comme l’a écrit, dans une notice très succincte, consacrée à
cet artiste, un historien du Velay, Mandet, et comme ou le croit générale-
ment d’après lui. Lorsque Jean III Sobieski mourut, en 1696, Pierre
Yaneau était enterré depuis deux ans. Il n’a donc pu s’occuper du tom-
beau du héros polonais. En outre, la composition et les dimensions de
l’œuvre répondent mieux à l’idée d’un monument destiné à être élevé sur
une place publique, en commémoration d’un grand événement historique,
qu’à celle d’un tombeau placé dans la chapelle d’une église. Or il est
évident que ce monument devait être consacré particulièrement à rap-
peler le souvenir de la grande bataille de Yienne, en 1683, où Sobieski
sauva la chrétienté de l’islamisme, et à honorer l’illustre guerrier. Après
une longue enquête, j’ai pu en reconstituer l’ensemble par les fragments
nombreux qui sont disséminés un peu partout, dans le Yelay, en
Auvergne, en Touraine, etc.

Le monument avait la forme rectangulaire. Sur un soubassement
mesurant environ 3m,50 carrés se dressaient, aux angles, quatre statues
de près de deux mètres de hauteur, figurant allégoriquement les peuples
sur lesquels Sobieski avait remporté ses grandes victoires, les Russes, les
Tartares, les Hongrois et les Turcs. La statue du héros polonais se dres-
sait sur un piédestal placé au milieu. A ses pieds, sous son épée, venaient
aboutir des chaînes, que portaient les quatre ligures allégoriques. So-
bieski, dans ce projet, porte le manteau royal et la couronne.

Le soubassement du monument était décoré de quatre bas-reliefs :
deux de 2m,Æ5 de longueur sur 1"’,05 de hauteur chacun, placés sur les
côtés et représentant, l’un, la défaite des Turcs sous les murs de Yienne,
l’autre, l’entrée solennelle de Jean Sobieski dans cette ville; les deux
autres, mesurant lm,àO de longueur sur lm,05 de hauteur, placés sui-
tes faces, représentent, celui de devant, l’effigie (en médaillon) de
Sobieski, et, celui de derrière, le couronnement de Sobieski par la Paix et

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