La chronique des arts et de la curiosité — 1909

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LA CHRONIQUE DES ARTS

*** Par arrêté du ministre de l’Instruction
publique et des Reaux-Arts, en date du 5 fé-
vrier 1909, M. Charles Malherbe est nommé
bibliothécaire du théâtre national de l’Opéra,
en remplacement de M. Reyer, décédé.

*** Sous les auspices de la Ligue maritime
française, une Commission des amis du
Musée de la Marine vient de se créer, en vue
de la réorganisation de ce musée.

*** M. Iules Maciet vient d’offrir au Musée
Carnavalet un beau portrait du duc de Mon-
tausier, par Louis Elle Ferdinand le vieux.

D’autre part, les galeries contemporaines
du musée s’enrichiront, toujours par la bonne
grâce de M. Jules Maciet, d’une curieuse série
d’aspects du Paris actuel et de scènes de café-
concert, traités au pastel, au crayon ou à
l’eau-forte, et signés notamment des noms
de MM. Henry Laurent, Dufresne, Francis
Jourdain, André Barbier et Henri Paillard.

*** Il vient de se constituer à Reims une
« Société des Amis du Vieux Reims », qui se
propose de sauvegarder les anciens monu-
ments et les anciens aspects de cette ville. Le
bureau de cette Société a été ainsi constitué:

Président, M. Hugues Krafft, membre du
Conseil d’administration de l’Union centrale
des Arts décoratifs; vice-présidents, MM. Louis
Robillard, vicomte André de Brimont : secré-
taire général, M. Henri Jadart, conservateur
de la bibliothèque et du musée; secrétaire,
M. le Dr Paul Gosset ; trésorier, M. André
Mandron ; archiviste, M. E. Kalas.

*** Le musée de Brême vient d’acquérir un
tableau de Manet, le premier qui entre dans
cette galerie : le Porlraü du sculpteur
Zacharie As truc, peint en 1807.

Le même musée avait acquis naguère le
beau tableau de Claude Monet, La Femme à
la robe verte, qu’on a admiré longtemps dans
la galerie Durand-Ruel.

*** La ville d’Anvers se propose de recons-
tituer la maison bâtie par Rubens, au n° 7
de la rue Rubens actuelle, et d’en faire un
musée où seront réunies tout ce qu’on pourra
trouver des œuvres du peintre existant en
Belgique, les copies de ses œuvres dispersées
dans les différents musées de l’Europe, ses
esquisses, ses ébauches et ses lettres.

PETITES EXPOSITIONS

P. Bracquemond et sir Francis Seymour II ad en
(Ilôteldes Arts). — Frank Brangavyn (Galerie
Boissy-d’Anglas). — « Salon d’hiver » (Grand
Palais). — Association des Artistes de Paris
(97, boulevard Raspail). — G0 Salon de l École
française (Grand Palais). — « Les Arts réu-
nis » (Galerie Georges Pelit). — Bonnard (Ga-
lerie Bernheim jeune). — Peintures, aquarelles
et pastels (Galerie Weill).

Deux expositions nous ont permis, cette semaine,
d’étudier dans leur ensemble les œuvres de trois

des plus grands graveurs de notre temps : M. Félix
Bracquemond, sir Francis Seymour Haden et
M. Frank Bra'ngwyn.

M. Bracquemond occupe, entre les maîtres de sa
génération, une place volontairement modeste.
Esprit curieux, il s’est essayé aux arts les plus
divers, en a soigneusement étudié les modes
d’expression, acquérant partout la maîtrise.
G’est avec ce respect du métier et de soi-même
que M. Bracquemond s’est exprimé lentement
et sûrement, étendant son activité comme un
homme de la Renaissance, et laissant partout le
souvenir de son passage. Sans doute la postérité
retiendra-t-elle surtout le graveur. Quand il a tra-
vaillé d’après les maîtres, il n’a pu les traduire,
pour respecter l’esprit de leurs œuvres, qu’en les
transposant, et les gravures qu’il nous laisse
d’après Holbein ou Rubens, d’après les maîtres
récents surtout, Delacroix, Corot, Millet ou Manet,
sont des « recréations » véritables, qui supposent
deux qualités rarement compatibles, la souplesse
de l’intelligence et la vigueur du tempérament. Ses
gravures originales ne sont pas moins remarqua-
bles. L’un des premiers, M. Bracquemond a subi
l’influence des Japonais ; mais cette influence n’a
rien d’extérieur. Ce n’est pas une formule, ce ne
sont pas même des exemples qu’il a demandés à
Hokousaï, c’est une leçon. Il a compris cet art
qui fixe impérieusement dans le style l’expression
la plus intense de la vie. Les oiseaux qu'il a si
souvent pris pour modèles, il les observe comme
un savant ; mais cette analyse a sa contre-partie.
Épris d’action, il met tout en mouvement; et ce
mouvement, il l’arrête sous sa pointe, brusque-
ment, laissant à l’attitude significative une simpli
cité, une grandeur, qui sont la marque du bel art.

M. Bracquemond est de ceux qui respectent
humblement leur modèle — que ce modèle soit
pris dans la nature ou qu’il soit un tableau de
maître — pour le dominer mieux.

L’œuvre de cet autre vétéran qu’est sir Francis
Seymour Haden prend à côté de celle de M. Brac-
quemond un accent tout anglais. Son art, sans
doute, se recommande de Rembrandt, mais sir
Francis comprend Rembrandt comme le peut un
homme qui a grandi aux temps de Constable et de
Turner et qui fut un familier de Whistler. Et c’est
tout un siècle d’art anglais que son œuvre, je ne
dis pas résume, mais suggère. Sir Francis Seymour
Haden, qui fut chirurgien et ne commença à des-
siner et à graver qu’à l’âge de quarante ans, jiense
que l’art est dans l’individu une chose innée et que
l’école ne sert à rien. Mais il croit aussi que l’ar-
tiste doit se créer sa propre école. Comme les ar-
tistes ont toujours su, je le pense, ce qu’ils méri-
taient de savoir, il se trouve que celui-ci sait
beaucoup. 11 ne paraît pas qu’il ait longtemps
hésité ; n’étant pas gêné par des habitudes, il a
acquis tout de suite ce qu’il était nécessaire qu’il
sût. Cette exposition, on peut dire rétrospective
d’un vivant, nous montre une œuvre à la fois forte
et délicate, très soutenue, d’un grand charme,
d’une haute distinction, presque toute consacrée à
l'interprétation émue du paysage anglais.

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* *

M. Brangwyn appartient à une tout autre géné-
ration. II est aujourd’hui dans la force de l’âge.
Au moment où la Galerie d’Art décoratif consacre
un luxueux ouvrage illustré au catalogue de son
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