La chronique des arts et de la curiosité — 1909

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LA chronique des arts

des membres du jury de peinture du Salon
de 1909.

Ont été élus :

M. F. Humbert, président; MM. Adan,
Adler, J. Rail, Barillot, Bordes, Cagniart, P.
Chabas, Cormon, G. Ferrier, Gervais, Glaize,
Laugée, J. P. Laurens, Maxence, Renard, de
Richemont, T. Robert-Fleury, Schommer,
Vayson, Zwiller.

*** Le Conseil municipal de Montauban
ayant voté, sur la proposition de M. Capé-
ran, maire et député de Montauban, le
transfert des services municipaux dans l’an-
cien palais de l’évêché désaffecté, l’hôtel de
ville actuel, entièrement isolé par suite de
travaux qu’on va exécuter, sera consacré au
musée Ingres doublé du musée Mortarieu,
ce qui va à la fois les préserver des dangers
d’incendie qu’ils couraient, et leur donner
tout le développement désirable, en exposant
par exemple les 3.000 dessins d’Ingres jus-
qu’ici enfermés dans des cartons.

*** Des fêtes brillantes s’organisent à
Vienne pour célébrer le centième anniversaire
de la mort de Haydn. Elles auront lieu sous
le haut patronage de l’empereur François-
Joseph, et toutes les grandes associations
artistiques autrichiennes y participeront en
prêtant leur concours à l’exécution d’œuvres
religieuses et profanes du maître. Puis un
Congrès international de musique suivra ces
fêtes. Il tiendra ses séances du 25 au 29 mai.

PETITES EXPOSITIONS

Exposition de peintres et de sculpteurs (Galerie
Georges Petit). — R.-A. Ulmann (Galerie Georges
Petit). — Louis Sue (Galerie Druet). — T.-E.
Butler (Galerie Bernheim jeune). — Eugène
Glary (Galerie Georges Bernheim). — M11* Ma-
thilde Sée (Galerie Georges Petit).

L’ « Exposition de Peintres et Sculpteurs » — an-
cienne « Société Nouvelle » — est un salon de bonne
compagnie. Il a son public, qui n'est pas le grand
public, et qui se soucie moins de ce qu’on dit que
de la façon dont on le dit, qui regarde moins le
sujet que la peinture. Comment serait-il déçu ? On
trouve ici des peintres que les difficultés du métier
ne gênent plus, qui mettent à s'en jouer de l’élé-
gance et de la virtuosité, qui font ce qu’ils veulent,
comme ils le veulent. Faut-il citer des noms et des
titres: le Matin et Midi de M. Albert Besnard ;
l'Étude de nu de M. Henri Martin; les composi-
tions mélancoliques de M. Aman Jean; les com-
positions sereines de M. René Ménard ; les frivo-
lités de M. Gaston La Touche ; les intérieurs de
M. R.-X. Prinet et de M. Walter Gay ; ceux de
M. J.-E. Blanche, tins sûr et plus froidement
observateur que jamais : les paysages de M. Geor-
ges Griveau et ceux de M. André Dauchez, dont le
parti pris n’est pas assez franc ; la Baignade,
aquarelli surprenante de M. Lucien Simon ; les
jardins de M. Le Sidaner, le plus sensible peut-être
de cos peintres; les envois de M. J.-AV. Morrice et
de M. Charles Gottet ?

Ils ne nous réservent aucune surprise ; on les

retrouve tels qu’on les avaitlaissés. En possession
d'un langage pur et élégant, où rien d’inattendu ne
se place malgré eux et dont ils connaissent tous
les artifices, ils maintiennent chacun la formule où
ils se sont plu et où ils ont plu ; c’est à peine s’ils
choisissent de nouveaux sujets et, s’ils le font, ce
n'est pas pour s’y renouveler. Ils restent fidèles à
la définition qu’ils ont voulu donner d’eux-mêmes,
et ils ne cherchent plus. Les moyens sont devenus
le but. Certes, on examine avec soin des travaux
accomplis par d’habiles artisans. On écoute volon-
tiers la conversation d'hommes avisés et spiri-
tuels. Mais que nous en reste-t-il? Ces œuvres,
quelle répercussion ont-elles en nous ? Sentons-
nous bien la nécessité que cela nous ait été dit?
Trouvons-nous un individu qui s’interpose brus-
quement entre les choses et nous, qui les transfor-
me, nous les fasse voir et comprendre? Non. — On
ne le constate pas sans amertume, parce que ceux-
ci nous avaient fait les plus larges promesses. Il
en est d’eux comme de l’auteur dont parle Pascal ;
on s’attend à rencontrer un artiste, c’est-à-dire un
homme, et l'on est tout surpris de no trouver qu’un
peintre : « plus jpoetice qaam humane tocutus est ».

Les sculpteurs — je cite MM. Desbois, Despiaux,
Lucien Schnegg, Lagare — ne sont pas ici de la
même famille d’esprits que les peintres. Quant à
M. Auguste Rodin, il domine tout par la fraîcheur
de son génie créateur ; le doyen de la Société nou-
velle est le seul qui ne se répète pas et qui reste
jeune.

*

* *

Je n'ai pas cité tout à l’heure la Grande marée
à Trébeuden, un des paysages les plus attachants
de cette exposition. L’auteur, M. R.-A. Ulmann, a
réuni dans une autre salle des galeries Georges
Petit une cinquantaine de toiles : quelques vues de
Paris et de Hambourg et surtout des marines. Cet
artiste connaît les nuances et les valeurs des gris
variés des atmosphères légèrement embrumées où
passent quelques voiles blanches. Talent discret et
probe, il nous donne, par son juste sens des rap-
ports, non pas seulement les couleurs et les lignes,
mais aussi la poésie de ces paysages.

»

* *

Un peintre, qui aurait pris ses premiers moyens
d’expression à M. Bonnard et à M. Charles Guérin,
mais qui n’aurait d’autre éducation que la sienne,
guidée par beaucoup d’intelligence et de goût; qui
s'essaierait à tous les sujets avec une facilité dont
il ne serait pas dupe ; qui n’a rien d’un révolution-
naire, n'innove pas et ne saurait avoir d’autre but
que de s’exprimer aussi sincèrement et complète-
ment que possible : tel m’apparaît M. Louis Sue,
dont l’exposition est des plus agréables. Il cherche
sans cesse, va vers des expériences nouvelles-
(Femme couchée), n’y réussit pas toujours du
premier coup ; peu importe ! On le sent curieux,
non pas tant des choses que de lui-même, et son
évolution marque moins les sollicitations exté-
rieures que son propre développement.



* *

M. T.-E. Butler expose des paysages un peu
mous et inconsistants; M. Eugène Clary des vues-
de Rouen et de La Rochelle ; et Mlle Mathilde Sée-
des fleui’s à l’aquarelle : c’est un art de faire les-
bouquets, c’en est un autre de les peindre.

Adrien Bovy.
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