La chronique des arts et de la curiosité — 1909

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LA CHRONIQUE DES ARTS

*** Avis aux peintres de fleurs : les aza-
lées de la Ville de Paris étant actuellement
en fleurs, le public est admis à les visiter à
l’établissement horticole de la Ville, route de
Roulogne,près la porte d’Auteuîl. Entrée sans
cartes, de J h. à 6 h., jusqu’au dimanche 16
mai inclusivement.

*** L’exposition franco-britannique des
Cent portraits de femmes du xvme siècle,
que nous avons annoncée naguère, a été
inaugurée jeudi dernier au jardin des Tui-
leries par le Président de la République
accompagné de l'ambassadeur d’Angleterre.
Elle restera ouverte jusqu’au lep juillet. Les
recettes seront versées à la caisse de la So-
ciété de secours des familles des marins fran-
çais naufragés.

*** Dimanche dernier a été inauguré à
Bourg un monument à la mémoire de l’as-
tronome Jérôme Lalande, œuvre du sculp-
teur Muscat et de l’architecte Tony-Ferret.

*** Les Amis de Fontainebleau viennent de
tenir leur première réunion. Entre autres
desiderata, il a été question du pavage et des
jardins de la cour des Adieux, du carrelage
à réparer et des boiseries à redorer dans la
chapelle.

*** La Pietà du musée de Dijon, dont nous
avons parlé dans notre dernier numéro, n’a
point, nous informe-t-on, été donnée au
musée par son conservateur, M. Albert
Joliet; celui-ci l’a signalée à la commission
du musée qui en a fait ensuite l’acquisition
au nom de la Ville.

Le même musée vient de s’enrichir d’un
superbe retable de la deuxième partie du
xve siècle, en bois peint et doré, très bien
conservé, représentant différentes scènes de
la Passion. Ayant orné d’abord la chapelle
de l’ancien cimetière de l’avenue Victor-
Hugo, il avait été transporté à l’évêché après
la désaffectation de ladite chapelle. La Ville
de Dijon l’ayant revendiqué, l’Etat le lui a
accordé.

*** Une cinquième campagne de fouilles a
été reprise sur le mont Auxois, à Alise Sainte-
Reine. Les premiers travaux viennent de ra-
mener au jour, près du théâtre gallo-romain
d’Alésia, une intéressante statuette de pierre
en bas-relief, malheureusement assez muti-
lée, qui représente une divinité masculine
assise, peut-être un Jupiter.

*** On vient de commencer la démolition, à
Strasbourg, de la belle façade de l’hôtel
deNeuwiller qui servait jadis de pied-à-terre
aux Bénédictins, rue du Vieux-Marchè-aux-
Vins et avait été converti, depuis 1848, en un
bureau de poste. L’hôtel est mentionné
dès 1330 dans les docoments, mais la façade
actuelle, très beau spécimen de l’architecture
Louis NV, datait de 1751.

*** En démolissant un ancien orphelinat
aux environs de Foligno, on a mis au jour
une fresque d’environ 9 mètres carrés, dans
un bon état de conservation, représentant la

Passion. Le directeur des fouilles et monu-
ments de l’Ombrie, M. Luciani, va s’occuper
de la détacher avec le plus grand soin : son
importance, en effet, est extrême, car on la
considère comme une œuvre de l’école giot-
tesque et peut-être de Giotto lui-même.

*** On annonce de Venise que la célèbre
Madone avec L'Enfant Jésus et des anges, de
Giovanni Bellini, qui ornait à Venise l’église
Santa Maria dell’ Orto, a été volée pendant la
Semaine Sainte.

Toutes les recherches faites pour découvrir
les auteurs de cet audacieux coup de main
sont demeurées jusqu’à présent sans résultat.
Une prime de 3.000 francs est offerte par la
municipalité de Venise à quiconque fournira
un renseignement capable de mettre sur la
trace des voleurs.

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PETITES EXPOSITIONS

Frank Boggs (Galerie Boissy-d’Anglas). — Wxl~
liam S. IJorton (Galerie Georges Petit). — Gosé,
Bernard Naudin, Manzana-Pissarro ex Eug.
Zak (Galerie Devambez). — Gabriel Roby (Ga-
lerie Devambez). — P. Dillon (Union artistique
41, faubourg Montmartre). — Exposition de
l’Enfance (Lyceum Club).— Mm0 Faux-Froidure
(Galerie Georges Petit).

Par l’esprit, par le choix des sujets qu’il sup-
pose, M. Frank Boggs appartient à l’impression-
nisme, ou, plus exactement, n’adoptant pas tou-
jours ses procédés techniques, c’est de Jongkind
et de Boudin qu’il se npproehe. Malheureusement
et en dépit de l’atmosphère dont il aime la densité
visible et qu’il rend qielqiefois si bien, le côté
matériel de la peinture, souvent des touches trop
lourdes, retiennent l’attention, l’empêchent de se
livrer tout entière à la poésie du tableau. Aussi
bien, alors que certains tons sont suggérés plutôt
que peints, d’autres sont rendus de façon trop
directe et l’unité de l’œuvre en est atteinte. Ces
réserves faites, disons que M. Boggs tient une
place honorable dans une génération et une école
qu’il n’a point la prétention de représenter. Et
telles de ses toiles, Manies la Jolie ou L'Hôtel de
Sens, ne perdraient rien à côté de celles de ses
devanciers.

C’est aussi un Américain que M. William S.
Horton, un Américain qui a passé par l’atelier
Jullian, qui s’en est évadé, appelé par la nature et
par le soleil. La lumière, il l’a étudiée partout,
franche ou voilée. Il a peint le Vieux Pont de
Francfort, Trafalgar Square et les Tuileries, les
jardins de Baveno et de Vérone, Venise et Saint-
Ives, Biarritz et Vevey. Et c’est là peut-être, au
bord du Léman, qu’il a été le mieux inspiré. Son
Pays fleuri est mieux qu’une étude; le verger en
fleurs, les pentes de Lavaux, les montagnes, com-
posent un tableau frais et joyeux. L’artiste man-
que d’autorité — peu en ont, — mais non pas
d’humilité. On se donne volontiers à un art où
rien n’est prétentieux.
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