La chronique des arts et de la curiosité — 1909

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LA CHRONIQUE DES ARTS

acheté par Sarclou lors du percement du bou-
levard Saint-Germain.

*** Le Musée de Reims vient de s’enrichir,
par la libéralité de Mme veuve Barrias, du
modèle en plâtre de la statue Le liefage, œu-
vre de son mari, pour le monument Auban-
Moët à l’hospice d’Epernay.

Il s’est enrichi également, cette année, du
modèle en plâtre du monument d’Alexandre
Dumas, offert par son auteur, M. René de
Saint-Marceaux, originaire de Reims.

*** Le musée de Guéret a été cambriolé
cette semaine. Cinq vitrines ont été forcées.
Voici la liste des principales pièces dispa-
rues :

Une croix plate en émail champlevé; — une
Tête de Christ; — une custode en émail cham-
plevé avec arabesques et têtes de saints ; — six
châsses ou reliquaires, dont deux en cuivre
avec cabochons, les quatre autres en émail
champlevé ayant pour décoration le Meurtre
de saint Thomas-Becket, la Lapidation de
saint Etienne, VAdoration des Mages, des fi-
gures de saints et des rinceaux; — des frag-
ments de crosse en émail champlevé ; — une
plaque ovale en cuivre repoussé représentant
saint Brunaud; — cinquante-huit émaux
peints, dont plusieurs de Noualhier et de
Naudin; — six râpes à tabac sculptées, dont
quatre en ivoire; — une petite statue de la
Vierge en ivoire et os; — un étui en argent
du xviii0 siècle, portant à une extrémité les
armoieries de Beauvais.

La plupart de ces pièces avaient déjà été
dérobées une première fois par la bande
Thomas.

LE VERNISSAGE DU SALON

DE LA

Société des Artistes Français Il

Il n’est pas besoin de long préambule pour déter-
miner les causes auxquelles ce Salon doit sa las-
sante monotonie. C’est le Salon du juste milieu et
des droits bien ou mal acquis; l’enthousiasme ne
trouve guère raison de s’y produire. Parmi les
peintres, les ainés se reposent dans la gloire (1) ;
à l’anti-cimaise même, une investigation patiente
découvre, sous des noms toujours étrangers,
ou peu s’en faut, plus de talents en puissance
que d'œuvres fortes, définitives; de plus, et malgré
le luxe des tapis, des tentures, la présentation
des toiles ne laisse pas d’être critiquable. Ah !
Messieurs des « Artistes français », que de leçons
utiles pourraient donner à vos placeurs ceux cpii
aménagèrent, avec un goût si averti, cette exposi-
tion des Indépendants dont vous vous gaussiez
naguère !

Sur l’ensemble terne, morose de l’ensemble, la per-
sonnalité de M. Ernest Laurent tranche et domine.
Ses deux portraits de femmes âgées offrent bien,

(1) J’ai hâte d’excepter MM. Pointelin, Quost,
Luigi Loir, Gagliardini, et Saint-Germier, dont
la puissance d’initiative se prouve vigilante et
active.

à notre gré, ce que ce Salon renferme de plus con-
solant et de plus précieux. Par l’attitude, par
l’expression du visage, le tact de l'artiste a fait
saillir les différences entre les caractères et les
tempéraments ; il s’est insinué au cœur de l’être ;
il a fait transparaître la vie intérieure dans l'éclair
du regard, dans la mélancolie du sourire ; d’autre
part l’entour et le vêtement l’ont aidé à préciser et
à accroître la portée de la définition ; tout y est
vérité et tout y devient symbole. L’admirable maître,
rare et encore méconnu, dont la sensibilité se
rythme à l’inquiétude de nos aspirations et qui
sait ajouter à l’évidence de la réalité physiono-
mique la ressemblance morale où l'âme pour
jamais se survit !

On a dès longtemps noté les curieuses particula-
rités qui différencient l’art de MUo Dufau; mais leur
vertu persuasive n’est pas encore apparue sous de
plus saisissantes espèces que dans ce panneau
riant et clair, d’inspiration idyllique. Consciente
d’une juste suprématie, Mlle Dufau y traite sans
optimisme l’anatomie masculine et, sous ses pin-
ceaux, un jeu familier oppose à la pauvreté étri-
quée de nos formes anguleuses et ambrées le
luxe des galbes opulents et la splendeur nacrée du
nu féminin; pour le célébrer, M110 Dufau trouve les
accents du poète et aussi les secrètes intuitions
d’une délicatesse affinée et subtile. L’œuvre se re-
commande d’une tenue décorative qui désigne son
auteur à l’attention de la manufacture des Gobe-
lins, en quête de modèles nouveaux.

Loin de s’immobiliser, M. Jules Adler suit les
entraînements d’une volonté ardente, d’une intelli-
gence libre et ouverte ; il se renouvelle selon la
vie, selon les rencontres de chaque jour et les
voyages : à Charleroi son sens de la beauté mo-
derne s’est éveillé au spectacle fantastique et
grandiose des Hauts fourneaux, et la transcription
porte témoignage de son trouble, ou plutôt de son
extase. Dans un tout autre ordre de conception,
un tableau de M. Biloul, le Bajdëme des Enfants
trouvés, bénéficie des avantages que lui confère le
partage spontané d’une piété que l’on sent recueil-
lie et profonde. N’est-ce pas avant tout l’émotion
que le poète latin réclame de celui qui prétend
nous émouvoir? Et par quelle autre voie fut-il
donné à M. Jean Roque, à M. Balande, à M. Ri-
chebé d’y parvenir alors que leur sincérité a pris,
pour se manifester, prétexte des plus pauvres
représentations (A l'abreuvoir, La Pèche, Le Bu-
veur)'1. N’alléguez pas que tous les trois ont tenu
volontairement leurs ouvrages dans ces gamines
sombres si volontiers complices de la magie'de
l’évocation; la raison n’est pas concluante, témoin
l’aventure de M.Hoffbauer et de M. Gourdault:
eux.aussi se sont joués parmi les demi-ténèbres du
clair-obscur (L’Émeute, La Rentrée au clair de
lune)] mais, en empruntant, complaisamment à leur
passé, ils n’ont plus proposé des sujelset des effets
d’antan que deux versions d’un intérêt affaibli,
émoussé.

La critique réaliste n’a pas manqué de tourner
l’esprit des peintres vers l’analyse des mœurs
ambiantes, et ce Salon abonde en menus faits, en
illustrations de l’existence quotidienne sans relief
et sans prix. C’est que, parmi tant de specta-
cles qui sollicitent le regard, un tri s’impose, et,
pour s’exercer, les facultés électives exigent le
don préalable de « voyance » que Charles Baudelaire
attribuait dûment à Constantin Guys. Mais le
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