La chronique des arts et de la curiosité — 1909

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LA CHRONIQUE 'DES ARTS

leur; Buyat, député; A. Sarraut, député;
Waltner, artiste graveur, membre de l’Ins-
titut.

*** M. Ch. Piet-Lataudrie, dont nous avons
eu dernièrement le regret d’annoncer la mort,
a fait à nos musées les legs importants ci-
après :

Le Louvre, usant d’un droit de primauté,
prendra sept objets désignés par M. Piet-La-
taudrie lui-même et vingt objets au choix,
parmi les plus admirables de ses séries d’or-
fèvrerie religieuse, de céramique italienne, de
bois de la Renaissance et d’objets orientaux.

Le Cabinet des médailles de la Bibliothèque
Nationale choisira les dix plus beaux bronzes
antiques ou terres cuites de Tanagra ;

Le Musée de Cluny les vingt plus remar-
bles plaquettes en bronze de la Renaissance;

Le Musée de Sèvres, dix pièces de cérami-
que italienne ou orientale;

Le Musée des Arts décoratifs, les dix plus
beaux émaux peints, limousins ou italiens
de la collection ;

Enfin, le Musée de Niort, une très belle sé-
rie d’objets de métal.

*** On a inauguré mardi dernier au Jardin
des Plantes un buste de Milne-Edwards,
œuvre du sculpteur Marqueste.

*** Le Comité du Salon d’Automne a décidé
de consacrer cette année une salle spéciale à
l’œuvre de l’artiste allemand Hans von Ma-
rées, selon le vœu qui a été naguère exprimé
ici même. Une commission spéciale a été
nommée à cet effet; elle comprend divers
membres du Comité et un délégué allemand,
M. Grautoff. L’exposition réunira un ensem-
ble de vingt-cinq ouvrages qui représenteront
l’essentiel de la production de l’artiste.

*** La « Société de propagation des livres
cTart » prépare une édition, illustrée de nom-
breuses reproductions de dessins et de ta-
bleaux, du livre que M. Gabriel Séailles a
écrit sur Alfred Dehodencq, le peintre de
l’Espagne et du Maroc. Nous serions recon-
naissants aux amateurs qui possèdent des
œuvres du maître d’en aviser M. Gabriel
Séailles, professeur à la Sorbonne, 276, bou-
levard Raspail.

*** En raison des circonstances et sur la
demande de correspondants étrangers, le
premier Congrès international pour la Pro-
tection des paysages, qui devait avoir lieu
du 23 au 26 mai, est remis au 27 octobre pro-
chain.

PETITES EXPOSITIONS

Costumes anciens (Musée des Arts décoratifs). —
Maîtres du xix6 siècle (Galerie Georges Petit).
— Paul Gauguin (Galerie Druet).

La Société de- l’Histoire du Costume a organisé
dans les salles de rUnion des Arts décoratifs, au
pavillon de Marsan, une exposition charmante et

pittoresque. On pouvait redouter qu'une réunion
de vieux costumes fût plutôt une exhibition de
vieux vêlements, trouvés à la friperie et au « décro-
chez-moi-ça » : il n’en est rien. Ces costumes an-
ciens, même les plus usés, même les plus récents,
sont extrêmement évocateurs, et grâce à eux, de-
vant les vitrines qui les contiennent, on goûte le
passé jusqu’à la nostalgie.

Qu’il est amusant d’imaginer, près d’un carrosse
doré, à côté d’une ombrelle ou d’une robe, le per-
sonnage historique ou romanesque qui en fut jadis
i’opulent ou gracieux propriétaire! Tous ces objets
de curiosité, qui ne sont pas toujours des objets
d’art, sont comme les vignettes et les commen-
taires de nos souvenirs. Il sera facile et tentant
d’habiller par la pensée de ce bel habit feuille
morte Jean de la Fontaine, etde l’accompagner sous
les jeunes ombrages de Versailles, tandis qu’il
raconte à ses amis l’histoire de Psyché; et n’aime-
rons-nous pas aussi suivre de l’oeil cette belle chaise
à porteurs dont les panneaux ont été décorés par
Bérain, et qui fut le bien de la duchesse de Saint-
Simon?... A la portière de cette voiture noire, c'est
Manon Lescaut qui se penche, et ce petit cabriolet
jaune à roues rouges, n’est-ce pas celui qui, la nuit,
conduisait à Saint-Cloud Lucien de Rubempré près
d’Esther cachée?... Voici l’écliarpe de MUo do La
Môle et les éperons de Julien Sorel; voici le vête-
ment de dandy du Fortunio de Gautier, voici le
scliall de Madeleine de Nièvres... Que ces soies
fripées, que ces laines protégées des mites sont
éloquentes et complaisantes ! par elles, le rêve vous
sollicite, et, docilement, on suit les plaisirs pré-
cieux qu’il propose.

*

* *

A la galerie Georges Petit, ce passé nous con-
duira moins loin. On ne dépassera pas les deux
tiers du dix-neuvième siècle ; et, sauf erreur, des
peintres qui sont exposés là, le plus ancien en date-
est Delacroix, assez médiocrement représenté.
Aussi bien cette exposition n’a pas la prétention
d’être un choix de chefs-d’œuvre, mais cependant
elle est fort honorable et on y verra avec agrément
un Corot d’Italie, un Stevens de la meilleure qua-
lité, des impressionnistes bien choisis, un luxueux
Besnard, et même, ce dont on se serait fort bien
passé, un Boybet terriblement grand et terrible-
ment vulgaire, et, dans un coin, osant à peine se
montrer, deux Venise de François Haussy. Il y en
a, comme on voit, jiour tous les goûts.

fs *

L’exposition Gauguin, rue Royale, avait ceci
d’original : Tahiti n’y figurait pas. Ce qui n’empê-
chait point d’ailleurs qu’il y eût là de fort belles
toiles. Mais le mot « toile » est-il celui qui con-
vient? Certaines de ces peintures font bien plutôt
penser, par l’éclat, la vigueur et la richesse de
leurs couleurs, au revêtement d’émail des faïences
orientales, et même aussi parfois aux rouges épais
des iaques chinois. La plupart de ces paysages,
déjà anciens, vieillissent admirablement; d'autres
au contraire sont maigres et secs; et, toujours, les
personnages y sont hideux.

Jean-Louis Vaudoyer.
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