La chronique des arts et de la curiosité — 1909

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LA CHRONIQUE DES ARTS

Louvre, et qui ne figure pas au catalogue. Sous la
couronne de fleurs des champs, c’est bien le
visage sensuel et souriant de la bonne bourgeoise
lyonnaise, qui quitta sans regret mari et enfants
pour suivre le chanteur Elleviou, ténor et bel
homme.

Je citerai au hasard une aimable grisaille de
Boilly, une esquisse rose et dorée de Goya, un
double portrait de la plus belle qualité par Corot,
deux vigoureux Couture, l'esquisse do Delacroix où
George Sand ressemble à MUe de Maupin, l’agréa-
ble visage de la Princesse Woronsoff. par Winter-
halter. Le portrait de Mm° Bizet-Strauss par Élie
Delaunay est un coup do génie. Quelques moelleux
et probes Henner. Et, parmi les vivants, le splen-
dide Carolus-Duran qui représente AZme Henri
Fouquier, et à côté duquel on aurait dû placer le
portrait que Ricard fit du même modèle; le célèbre
et magistral profil de Mm° Gautrcau,pav M. Cour-
tois; Lerolle et son fils, par M. Besnard ;
Mm‘ Langlois, par M. Blanche; M]U B. R., par
M. Boutet de Monvelpère; Mme Blanchard, par
M. Desvallières, et MM. Bracquemond, Boldini,
Aman-Jean et Gervex. A la sculpture, deux terres
cuites de M. René de Saint-Marceaux, qui sont de
la pi . s charmante beauté.

Sous la jolie lumière d’une serre de toile, les
fleuristes montrent, aux Tuileries, leurs tableaux.
Ces fleuristes sont des spécialistes. Celui-ci est le
Maître des clématites ; il est discret et mélancoli-
que : son exposition est très « distinguée » ; cet
autre est le Maître des géraniums : c’est un tapa-
geur, c’est l’Arlequin du plein-air; pour ce troi-
sième, les calcéolaires n’ont pas de secrets et il
épuise tous les trésors de leurs petites bourses
mordorées; un autre encore, sur le noir terreau
des parterres, place, à la japonaise, des iris déco-
ratifs; celui-ci a plus d’ambition et compose, avec
les azalées et les rhododendrons,de légères féeries;
celui-là, pour leurs parfums pesants, a choisi les
œillets. Enfin, voici les amants des roses; faut-il
décrire d’aussi belles maîtresses? Disons seule-
ment : « Ce sont les roses... »

»

* *

M. Tkatclienko est Busse; il nous montre des
paysages de sa patrie, des églises aux amusants
clochers d’or, des maisons de bois aux murs peints
de couleurs vives, Peterhof et Kharkow, tout cela
plus retenant par le sujet que par l’expression,
dont l’exactitude est toute photographique.

*

* *

M. Jan Styka est un débutant; peut-être au-
rait-il pu attendre, avant de réunir publiquement
ses œuvres, de savoir autre chose que ce que sa-
vent tous les jeunes élèves de l’École des Beaux-
Arts, et ne pas exposer toute une série de « têtes
d’expression » semblables aux ouvrages dont sont
coupables les habitués de tous les Julian.

A côté de lui, M. Tade Styka, son père, donne
l’impression de la maîtrise. Un portrait, le ne 29,
a une distinction et un charme extrêmes.

*

* *

M. Thibésard fait des paysages du Midi ; il n’est
pas le seul. Sa peinture est brillante, facile, cur-
sive. La lumière a de la justesse et de la délica-
tesse. Sa Tempête à Nervi et son Matin dans le

port du golfe Juan me paraissent les deux toiles
les plus heureuses de cette exposition.

***

Le talent féminin, parfois charmant, deM. Jeanès
peut plaire lorsqu’il s’emploie à peindre des
paysages légers et complaisants. Les aspects véni-
tiens lui conviennent à merveille. Ses paysages de
montagne font songer aux décors de M. Jusseaume,
et l’on ne serait pas surpris d’y voir danser, au
premier plan, M1U Régina Badet, vêtue d’arcs-en-
ciel et de perles d’eau. On peut aimer cela.

*

* *

M. Augustus Koopmann donne à quelques toiles
et pochades qu’il expose chez Georges Petit, le
titre général de « Le Soleil et la Joie de vivre ».
M. Augustus Koopmann est un ambitieux.

Jean-Louis Vaodoyer.

Académie des Beaux-Arts

Séance du 22 mai

Prix. — L’Académie a décerné les prix suivants:

Prix Deschaumes (1.500 fr., attribué à de jeunes
architectes se distinguant par leur aptitude pour
leur art et par leurs bons sentiments à l’égard de
leur famille) : partagé entre MM. Paul Cliarrès et
Le Monnier, architectes.

Prix Trémont (2.000 fr., partagé, à titre d’en-
couragement, entre deux jeunes peintres ou sta-
tuaires et un musicien) : attribué à M. Jean Lefort,
peintre, et à M. Marius Claclel, sculpteur, fils de
Léon Cladel.

Académie des Inscriptions

Séance du 21 mai

TJn manuscrit de la Bibliothèque Vaticane. —
M. le comte Durrieu, à propos de sa récente com-
munication relative à un manuscrit de la traduc-
tion française du Décaméron, provenant du duc
de Bourgogne Jean sans Peur, et actuellement
conservé à la Bibliothèque du Vatican, présente à
l’Académie quelques excellentes photographies
récemment reçues de Rome par l’intermédiaire du
R. P. Ehrle, préfet de la Bibliothèque Vaticane et
correspondant de l’Académie : ces photographies
représentent le début, la fin et les principales mi-
niatures du manuscrit ainsi retrouvé par M. le
comte Durrieu.

Prix. — Prix Gobert : L’Académie décerne le
premier prix Gobert (9.000 fr.) à M. Delachenal,
archiviste-paléographe, pour les deux premiers
volumes actuellement parus de son Histoire de
Charles V. Le deuxième prix (1.000 fr.) est décerné
à M. Caillet, archiviste-paléographe, auteur d’une
Histoire des rapports de la commune de Lyon
avec Charles VII et Louis XI.

Prix Saintour : 1° 1.500 fr. à M. l’abbé Roussel,
pour sa traduction du Ramayana ; 2° 500 fr. au
P. Antonin Jaussan, pour son livre intitulé
Coutumes des Arabes au pays de Moab\ 3° 500 fr.
à M. A. Macler, pour son Catalogue des manus-
crits arméniens et géorgiens; 4° une somme de
500 fr. à M. François Martin, pour son livre
Le Lion d'Enoch, traduit sur le texte éthiopien.
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