La chronique des arts et de la curiosité — 1912

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LA CHRONIQUE DES ARTS

légère des cheveux dénoués dont l'éclat blond con-
tribue à la volupté que chantent les couleurs
claires, harmonieusement délicates et apaisées,
tandis que dans un portrait de fillette, le maître
pare la grâce do la jeunesse des charmes fugitifs
d'une toilette do grand'mère. Un grand panneau do
M. Henri Martin, tout égayé de l'éclat roux des
feuilles de vigne vierge, célèbre la gloire de l'au-
tomne, et M. René Ménard suscite la nostalgie
des terres nobles qu'il évoque avec une persistance
heureuse. Les toiles intimes de M. Prinet, les
marines mélancoliques do M. Gottet, une campa-
gne brumeuse ds M. Emile Claus, les douces et
grises impressions de M. Duhem, les vibrations
crépusculaires ou ensoleillées de M. Henri Le Si-
daner, les no!ej de M. Griveau montrent avec quelle
diversité de sensations des artistes réunis par
de communes tendances manifestent leurs émo-
tions devant l'éternelle beauté des choses.

A la sculpture, un bronze de Rodin et quelques
œuvres de M'1" Poupelet et do M. Despiau donnent
à cette partie de l'exposition un attrait do premier
ordre.

Exposition Auguste Chabaud
(Galerie Bernheim)

M. A. Chabaud inscrit en images synthétiques
les fortes et saines émotions qu'il ressent devant
les travaux champêtres et devant la calme sérénité
des villages et des champs. Venu après Cézanne,
il a profité de son enseignement sans chercher à
l'imiter; ses portraits, d'une virilité un peu brutale,
confessent avec force toute la vie de leurs mo-
dèles. Peut-être pourrait-on demander à M. Chabaud
plus de souplesse technique. C'est là qualité qui
s'acquiert et dont l'absence momentanée no doit
pas troubler. Si certaines valeurs paraissent aigres
et brutales, cela tient peut-être à ce que M. Cha-
baud, comme tous les grands peintres avant lui,
voit d'instinct les harmonies auxquelles les ans
doivent participer et ne cherche pas à empiéter
sur la besogne du temps.

Exposition d'œotbes anciennes de Ziesi
(Galerie Chaine et Simonson)

La réputation do Ziem na fera que descendre
des sommets où quelques-uns de ses contempo-
rains, inconsidérément, la hissèrent. De cet artiste,
qui évoqua Venise pour les imaginations bour-
geoises et anecdotiques, peu de choses resteront
que l'on puisse considérer autrement que comme
des pages de couleurs parfois subtiles et agréables,
habiles trop souvent, et rarement originales.
Parmi la centaine de notes réunies ici, on discerne
aisément les influences diverses de Corot, Fro-
mentin, Diiz, des souvenirs romantiques amalga-
més en une honorable et banale médiocrité.

Exposition Genxa.ro Favai
(Galerie Chaine et Simonson)

M. Geunaro Favai est un metteur en scène qui
joue des bleus éclatants, des verts éteints, dos
rouges fulgurants avec une habileté remarquable.
Il truque, arrange, ordonne des paysages comme
des décors que brosserait un Turner alourdi ot
impassible. Pourtant certaines impressions sont
loin d'être sans charme ; elles exigent qu'on tienne
compte à leur auteur de sa bonne volonté et qu'on
fasse crédit à son ta'ent.

René Jean.

Académie des Beaux-Arts

Séance du 9 mars

Prix. — L'Académie attribue le prix Achille-
Leclerc, de la valeur de 1.000 francs, à M. Maxi-
min Petit, de l'atelier Deglane, et accorde une
mention à M. V.-E. Dupré, do l'atelier Jaussely.

Notices pour le Dictionnaire. — La dernière
partie de la séance a été consacrée à la lecture
faite par M. Homolle de deux notices destinées au
dictionnaire sur les mots hachure et hexastyle.

Académie des Inscriptions

Séance du 8 mars

Mission en Mésopotamie. — M. Salomon Rei-
nach annonce que M. Henri Viollet a fait un relevé
très complet de la douane de Bagdad, édifice cons-
truit en 1233 et destiné à servir d'école. M. Dieu-
lafoy fait remarquer que des photographies de
cet édifice ont été prises et publiées depuis long-
temps par M"' Dieulafoy.

Vases antiques. — M. Pottier lit une note de
M. Pierre Paris, de la Faculté de Bordeaux, rela-
tive à quatre vases qui présentent un décor poly-
chrome sur fond blanc, appartenant au musée du
Bardo, à Tunis, et au musée Saint-Louis, de
Garthage, dont M. Emonts a pris d'exactes aqua-
relles, et qui ont été trouvés dans des tombes pu-
niques de Garthage. M. Pottier ajoute à cette note
un commentaire personnel qui souligne l'intérêt
de ces monuments.

La mode des vases grecs peints a été remplacée,
au iv* siècle avant notre ère, par celle des vases
en relief ; mais la peinture des vases n'a pas dis-
paru pour cela, et elle s'est maintenue, accessoire-
ment, jusqu'à l'époque romaine. On on a des
exemples par des vases égyptiens du n° siècle
avant notre ère, rapportés d'Antinoëpar M.Gayet.
Ces vases puniques de Cartilage en sont d'autres
spécimens. Le goût dominant était alors d'em-
ployer en peinture tout un attirail pimpant et
gracieux de guirlandes, do feuillages et de rin-
ceaux qui éclaire fort bien les origines de l'art
pompéien.

M. Salomon Reinach rappelle qu'un très grand
nombre de vases de ce genre se trouvent à Ben-
ghasi, en Tripolitaine. M. Clermont-Ganneau ap-
puie cette observation : ces vases do Benghasi
doivent provenir de Cyrénaîque. M. Pottier pré-
cise que la technique des vases de Cyrénaîque'
offre une différence marquée.

CHRONiaUE MUSICALE

Concerts Colonne : Psaume XLVI, de M. Florent
Schmitt; — Symphonie en ut mineur, de M. A.
Gedalge.

Je n'ai pas à insister sur la « première audi-
tion » (?) du Psaume XLVI do M. Fl. Schmitt,.
qu'annoncèrent il y a peu de temps les Concerts
Colonne; j'ai dit le bien que je pense de ce Psaume
lorqu'il fut exécuté pour la première fois en audi-
tion publique en 1910, au concert d'orchestre de
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