La chronique des arts et de la curiosité — 1912

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ET DE LA CURIOSITÉ

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portos relate en toute franchise comment lui ap-
parut le Maroc dans une fête de soleil et de lumière.
Contrairement à l'habitude, et au rebours de ce
qui se passe ici même pour M. Gapgras, nous
préférons chez M"« Desportes le tableau à l'étude,
la figure poussée à la pochade rapide. On dirait
que ses dons de coloriste réclament pour se pro-
duire un vaste champ et l'obligation d'un emploi
intégral. Lesnotes cursives de M. Gapgras montrent
en lui un artiste dont la sensibilité avoisine parfois
celle deLépine — témoins les petites vues délicates
qu'il a tracées de l'île des Cobras, de Jouy-le-
Comte ou d'un vieux village perdu au fond de la
Hollande.

Exposition de M^'AdouRjTiiérouaxneetBesnard
(Lyceum Club)
Tout a été dit sur Mme Pauline Adour, sur
sa façon de tirer de chaque paysage le motif d'un
décor qu'elle ordonne avec goût en sertissant
d'un large trait les masses et les contours.
De même, on pourra eonslater de nouveau ce
que M~ Charlotte Besnard peut et sait donner
d'expression à un masque et de vie à une figure
par l'élan, par la projection originale du buste.
La nouveauté imprévue de cette exposition est
fournie par M"" Thérouanne ; elle se récapitule,
montre son labeur des dix dernières années et
admet de la sorte le spectateur à suivre le progrès
•et l'émancipation de son talent; de jour en jour
l'analyse est devenue plus aigué et le métier plus
subtil ; en même temps la palette s'est éclaircie et
abonde maintenant en nuances rares, claires, lu-
mineuses et aériennes au possible.

Exposition Gustave Colin
(Galerie Chaîne et Simonson)
Cent tableaux ne suffisent pas à évoquer dans
son entier l'œuvre de Gustave Colin, dontle labeur
lut, durant un demi-siècle, infatigable. Los toiles
qu'on a réunies et qui proviennent pour la plupart
de collections célèbres, s'échelonnent le long de sa
carrière; elles donnent l'idée de la diversité des
recherches et des trouvailles qui appartiennent en
propre à ce petit maître. Un placement ingénieux
a rapproché un Intérieur d'atelier, peint en 1853,
d'une figure de femme aux tons clairs, brossée peu
de temps avant la mort du peintre. Que d'évolutions
et de révolutions entre ces deux dates! Gustave
Colin les a suivies de loin, les yeux fixés sur les
novateurs, si bien qu'influencé à son début par
Courbet il lui arrive de faire songer à Manet vers
l'époque do sa maturité; mais les contrastes vio-
lents de l'ombre et de la lumière répugnent à sa
nature; l'origine septentrionale de Gustave Colin
— il est né à Arras — se reconnaît à l'atmosphère
douce, voilée parfois, dont il enveloppe les scènes
de la vie pyrénéenne, espagnole ou basque. Le
mode d'éclairage plutôt froid, et le choix des tons,
volontiers assourdis, leur assigne une originalité
vite reconnaissable. Les premiers tableaux, tenus
dans une gamme sombre, — portraits ou inté-
rieurs, — prennent l'intérêt d'une véritable révé-
lation.

Exposition Ladureau
(Galerie Devambez)
Les Salons de la Chronique furent les premiers,
■croyons-nous, à signaler ce peintre qui exposait à
la fois aux Indépendants et à la Société des ar-
tistes français. L'ensemble de paysages au pastel

rapporté de ses voyages en Espagne et en Italie,
en Alsace, en Bretagne et dans les Flandres ap-
prennent comment chez M. Ladureau les qualités
de la vision et de la notation se sont avec le
temps affinées, aiguisées. On en peut juger
d'après l'autorité avec laquelle l'artiste différencie
les climats et les ambiances. Tout en aimant le
caractère, M. Ladureau ne recherche pas le pitto-
resque à outrance : un coin do cour, le rez-de-
chaussée d'une maison où le seuil s'encadre entre
des fenêtres aux contre-vents verts, tels sont
les thèmes qu'il excelle à rendre. Ses vues de lai
campagne gardent de l'intimité même quand elles
sont panoramiques. Ajoutez que ces ouvrages bé-
néficient d'un métier particulier et que les nuances
du pastel jouent le plus heureusement du monde
sur le fond du papier d'un gris ou d'un bleu
sombre.

Exposition Gropeano
Exposition de Madeleine et Suzanne Lemaire

(Galerie Georges Petit)
On no s'arrêtera guère aux tableautins de
M. Gropeano, dépourvus de caractère et même
d'intérêt ethnographique. Pour Mm* Madeleine Le-
maire, la virtuosité fait d'elle le Roybet de la
peinture de fleurs : garder le silence au sujet de
son invraisemblable illustration de Sylvestre Bon-
nard est marquer l'extrême limite de la courtoisie.
Les applications que Mn" Suzanne Lemaire donne
à la miniature rendent à ses petits travaux d'agré-
ment leur véritable portée, qui est d'enrichir de
menus objets d'usage.

G. M.

Institut de France

Séance du 17 mai
Fondations. — M. Babelon a donné lecture de
son rapport sur l'attribution des subventions faites
aux différentes Académies sur les arrérages des
fondations Debrousse et Gas réunies. L'assemblée
a accordé :

A l'Académie des inscriptions et belles-lettres.:
3.000 francs pour aider à la publication des mi-
niatures carolingiennes, par M. A. Boinet.

A l'Académie des Beaux-Arts : 2.500 francs pour
continuer la publication des procès-verbaux de
l'ancienne Académie d'architecture ; — 1.000 francs
pour achever la restauration graphique des monu-
ments antiques; —1.000 francs pour aider à la
publication do l'Inventaire général des dessins
du Louvre.

Académie des Beaux-Arts

Séance du 18 mai
Prix. — L'Académie décerne les prix suivants :
Prix Trémont (de 1.000 francs chacun; « destinés
à encourager de jeunes peintres, sculpteurs et
musiciens ») : 1.000 fr. à M. Aimé Kunc, ancien
prix de Borne ; 500 fr. chacun à MM. Mathurin,
peintre, et Cassou, sculpteur;

Prix Monbirme (3.000 fr.; destiné à une compo-
sition musicale), à M. Gabriel Pierné pour son
Saint François d'Assise ;
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