La chronique des arts et de la curiosité — 1913

Page: 285
DOI issue: DOI Page: Citation link: 
https://digi.ub.uni-heidelberg.de/diglit/cac1913/0297
License: Free access  - all rights reserved Use / Order
0.5
1 cm
facsimile
ET DE LA CURIOSITÉ 285

lument utile d'élever le niveau de l'éducation, d'é-
manciper les jeunes graveurs, d'en faire des artis-
tes créateurs, des dessinateurs savants, et non plus
seulement des manœuvres et des outils brillants
et adroits », et d'introduire dans le programme des
concours de Rome l'étude directe, immédiate et
libre de la nature, s'ajoutant ainsi à l'étude des
maîtres. Le nouveau règlement fournira donc aux
artistes l'occasion de faire « œuvre originale et per-
sonnelle et de donner la véritable mesure de leur
talent ».

L'Académie, se ralliant au programme du rap-
porteur, a décidé de l'appliquer pour la première
fois lors du concours qui aura lieu dans trois ans,
pour donner aux élèves le temps de s'adapter au
nouveau programme.

Séance du 29 novembre

Candidatures. — M. Henry Roujon, secrétaire
perpétuel, donne lecture des lettres par lesquelles
MM. Paul Ghabas, Comerro, Dawant, Friant,
Gervex, Henri Martin et Wencker posent leur can-
didature au fauteuil laissé vacant dans la section
de peinture par le décès d'Aimé Morot. L'élection
aura lieu le samedi 13 décembre.

La commission mixte spécialement élue à l'effet
de dresser une liste des candidats au fauteuil laissé
vacant dans la section des académiciens libres par
le décès de M. Aynard, présente : MM. Georges
Cain, de Fourcaud, Stanislas Lami et Georges
Leygues (ordre alphabétique). L'élection aura lieu
aujourd'hui 6 décembre.

Modifications au règlement des envois de Rome.
— Le reste de la séance a été consacré à la discus-
sion du rapport de M. Flameng sur les modifica-
tions à apporter aux règlements qui concernentles
prix de Rome de gravure en taille-douce : on a
examiné la question de savoir s'il ne convenait pas
de demander aux pensionnaires graveurs de la Villa
Médicis d'envoyer de Rome une gravure originale
en même temps que les copies actuellement pré-
vue» par le règlement.

La Compagnie a décidé qu'elle ajournerait cette
modification jusqu'au moment où on pourrait juger
des résultats donnés par les nouvelles épreuves
exigées des concurrents au prix de Rome de gra-
vure, épreuves qui, nous le disons plus haut, com-
porteront désormais une œuvre originale.

Académie des Inscriptions

Séance du 21 novembre

Les Fouilles de Susc. — M. Pillet expose le
résultat des recherches qu'il a poursuivies pen-
dant la campagne 1912-1913 sur l'emplacement du
palais de Darius à Suse. Ce palais ne mesurait
pas moins de 216 mètres de longueur sur 160 mè-
tres de largeur; il comprenait 110 salles, dont il
est difficile de préciser la destination, car presque
tous les objets mobiliers ont disparu ; toutefois,
il est permis de voir un corps de garde dans une
petite salle qui se trouvait à gauche de l'entrée et
une succession de pièces qui se trouvaient au fond
du palais pouvant servir de harem : c'est, du moins,
ce que laisse supposer l'épaisseur des murs et
l'élroitesse des portes.

M. Dieulafoy souligne l'intérêt de la restitution

apportée par M. Pillet, et souhaite que ce dernier
soit mis à même de continuer ses recherches.

Une lettre de Michel Colombe. — M. Claude
Cochin étudie, en collaboration avec M. Max
Buscher, une série de documents inédits qu'il a
trouvés dans les papiers de Marguerite d'Autri-
che, conservés dans les archives du départe-
ment du Nord. Il s'y trouve notamment une
lettre en date du 28 mai 1512, où le sculpteur
Michel Colombe s'excuse auprès de Marguerite
d'Autriche du retard apporté dans l'exécution du
tombeau du Philippe de Savoie, qui était destiné
à l'église de Brou. « Je suis après », dit-il, « pour
tourner les dix Vertus qui seront à l'entour ; mais
j'ai esté malade et suis avec vieillesse qui me tient
compagnie. »

Les projets de Lemaire, Jean Perréal et Michel
Colombe pour les tombeaux de Brou furent aban-
donnés peu après et l'œuvre fut confiée au Fla-
mand Louis van Boghem.

Fouilles en Carniole. — M. Joseph Déchelette,
correspondant de l'Académie, signale l'importance
des explorations archéologiques que poursuit de-
puis huit ans avec une infatigable persévérance
S. A. la duchesse Marie de Mecklembourg-Schwe-
rin dans les nécropoles de la Carniole. De l'autre
côté de l'Adriatique, le professeur Dall'Osso ex-
plore avec succès la région d'Ancône. Ces deux
séries de trouvailles appartenant aux mêmes épo-
ques protohistoriques donneront lieu à des rappro-
chements intéressants.

CORRESPONDANCE D'ESPAGNE

LA VENTE DU VAN DER GOES DE MONFORTE

Les lecteurs delà Gazette n'ont pas oublié les diffi-
cultés qu'opposa à bon droit le gouvernement espa-
gnol à l'exode en Allemagne d'une Adoration des
Mages de Hugo vander Goes, achetée en 1910 par le
musée de Berlin au couvent de Monforte en Espa-
gne (1). Le musée de Berlin a fini par avoir gain
de cause. Un des derniers actes de M. Ruiz Jimé-
nez, avant de quitter le ministère de l'Instruction
publique et des Beaux-Arts qu'il dirigeait dans
le dernier cabinet espagnol démissionnaire, a été
de faire signer par le roi Alphonse XIII un real
orden,en date du 23 octobre dernier, autorisant la
vente du célèbre tableau.

Le ministre, jurisconsulte éminent, a dû s'in-
cliner devant des arguments juridiques basés sur
des considérations de droit insurmontables d'après
la législation espagnole actuelle.

Ce trésor inestimable sera donc ravi à l'Espagne,
malgré la campagne active qui se fit contre cette
vente et malgré les efforts — impuissants, hélas! —
du distingué directeur de YEspaila moderna,
M. Lazaro Galdeano, qui avait essayé d'ouvrir une
souscription publique pour conserver à son pays
le tableau du couvent de Monforte.

Tous les journaux madrilènes protestent énergi-
quement contre cet exode, mais tout fait prévoir
que ce sera en vain.

H. St.-Edme.

(1) V. l'article de M. Salomon Reinach dans la
Gazette des Beaux-Arts, août 1910, p. 104 (av. re-
prod. hors texte).
loading ...