La chronique des arts et de la curiosité — 1914(1916)

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LA CHRONIQUE DES ARTS

tout entier dans une Pietà puissante et pathé-
tique, l’une des pièces capitales de la collection
Crespi (le groupe central se retrouve dans une
composition connue de Ferrari, le Sposalizio de
l’église collégiale de Varallo Sesia). Le catalogue
lui donne encore une Vierge au coussin bleu,
mais avec attribution facultative à son disciple
Lanini.

Les .autres écoles locales de la Haute-Italie,
Crémone, Ferrare, Bologne, sont représentées par
une œuvre excellente {Vierge à l'ois eau) de l’éclec-
tique Boccaccio Boccaccino, par un des précieux
petits tableaux de chevalet de Mazzolino (Résur-
rection de Lazare, datée 1517), surtout par uue
ravissante Sainte Barbe de Francia, morceau d’une
conservation irréprochable, frais comme une fleur,
et également admirable par le raffinement du des-
sin, la suavité de l’exécution, la limpidité et l’éclat
splendide da son coloris de gemme et d’émail.
Deux tableaux de Lotto, une Sainte Famille carrée
(vers 1515), et le minuscule portrait mélancolique,
en camaïeu verdâtre, du médecin Ferrarais Nicolo
Leoniceno (1515), ont malheureusement, au con-
traire, beaucoup souffert des injures du temps.
Du côté de Florence, on rencontra seulement une
petite Vierge adorée par des saints, de Lorenzo
Monaco, et quelques œuvres secondaires et isolées
des premiers seicentisti : une petite Nativité, attri-
buée autrefois à Albertinelli,aujourd’hui àRodolfo
Ghirlandajo, et de Bacchiacca, une Adoration des
Mages, peuplée de figures multiples, très colorée,
toute pénétrée de la double influence de Fra Bar-
tolommeo et d'Andrea del Sarto, et beaucoup plus
attachante que sa Vierge au bouquet, où dominent
les réminiscences michelangelesques.

Uue intéressante série de quattrocentistes véni-
tiens offre un Christ au tombeau tout proche de
la manière de Crivelli et où l’on reconnaît la
main de Bartolommeo Vivarini -, un Saint Sébas-
tien d’un imitateur d’AntonelIo de Messine (buste,
analogue à deux des Saint Sébastien d’Antonello,
celui de Berlin et celui de l’Institut Stredel) ; des com-
positions importantes de Mansueti (Couronnement
de la Vierge), de Bartolommeo Yeneto (Vierge à
l’Enfant, variante de deux autres Madones
presque identiques à l’Académie de Venise, au
Musée de Bergamo), un exemple delà première
manière, encore archaïque, de Basaïti (Vierge
entre saint Sébastien et une sainte martyre),
deux panneaux de Girolamo da Santa Groce
(figures de saints), enfin une œuvre notable de
Marco Marziale : une Déposition de Croix pitto-
resque et touffue, fortement marquée d'influences
germaniques.

Dans une suite plus épisodique de maîtres vé-
nitiens du xvi” siècle, on retiendra une figure assez
froide de Palma (Christ ressuscité), une petite
Déposition de croix de Véronèse, une mythologie
amoureuse de Bordone (Berger et Nymphe) et, à
défaut de Titien, deux compositions typiques de
Pordenone (La Vierge, l'Enfant Jésus et saint
Jean, Sainte Famille avec saint'Antoine de Pa-
doue). Le groupe bresciano-vénitien se distingue
par des œuvres beaucoup plus significatives : une
Adoration de l’Enfant, caractéristique du réalisme
et de la tonalité crépusculaire de Savoldo, un
Portement de croix fort imposant, où Itomanino
déploie son ample et grand dessin et son instinct
puissant du mouvement, surtout une très belle
Visitation où l’on goûte le naturel, la quiétude,
le faire moelleux et le riche coloris de Moretto.

Les coloristes de la fin du xvii* et du xv'iii” siè-
cles complètent cet abrégé de Th'stoire de la pein-
ture dans l’Italie cisalpine : le Bolonais Giuseppe
Crespi, réaliste à la hollandaise, avec un Lever
(analogue à une autre composition du même ar-
tiste conservée aux Offices), Ricci avec un morceau
spirituel et papillotant (Communion de sainte
Lucie), et surtout Tiepolo et Canaletto. La Vision
de sainte Anne, peinte en 1759 pour le couvent
des Bénédictines de Sainte-Claire d’é quilée à Civi-
dale (Frioul), est un des grands tableaux de che-
valet de Tiepolo. A cette pièce magnifique, qu’es-
corte son esquisse, s’ajoute un portrait de reli-
gieuse (1741) figurant sainte Litvinne. Canaletto
est admirablement représenté par quatre grandes
vues prises sur le Grand Canal, se faisant pendant
deux à deux, et toutes de la plus belle qualité.

La section étrangère comporte, avec un Saint
Jérôme (daté 1640) de Ribera, quelques échan-
tillons des écoles du Nord : une Pietà, copie
ancienne d’une composition de Matsys dont il
existe d’autres répliques (notamment au Musée
d’Anvers), un portrait d’homme par Bruyn, un
vigoureux Portrait d’Antoine de Wale, recteur
de l’Académie de Ltyde, par David Bailly (1636),
une importante composition de Hieronymus Bosch :
L’Escamoteur (le Musée municipal de Saint-Ger-
main-en-Laye possède une répétition partielle du
même sujet), et surtout une œuvre typique, indis-
cutable, de Rogier van der Weyden (Vierge à
l’Enfant avec saint Joseph, saint Paul et un
donateur) ; — malheureusement elle n’est plus que
l’ombre d’elle-même.

II y a enfin, dans la vente Crespi, deux noms
qu’il faut citer hors cadre, ceux du Corrège et de
Michel-Ange. Dépouillée de la Nativité, la galerie
Crespi avait conservé une autre œuvre certaine du
maitre de Parme : la petite Madone connue sous le
nom de Mater Amabilis, et qui se classe avec
toute une série de précieux tableautins du Corrège :
la Madone delta Cesta de la National Gallery, le
Mariage mystique de sainte Catherine, et la Zin-
garella de Naples, etc. La Madone michelange-
lesque à laquelle le nom du commandeur Crespi
demeure attaché est, malgré les injures du temps,
un morceau sans prix. Il ne faut probablement
pas craindre de prononcer le nom de Michel-
Ange devant ce sublime débris. Un dessin et un
modelé grandioses transparaissent encore, çà et
là, sous les repeints; il y a dans le Bambino
herculéen un avant-goût des ignudi de la Sixtine ;
la Vierge fait penser à la Madone au livre du
Bargello et annonce, dirait-on, la Vierge du
Jugement dernier. Ce serait une œuvre de jeu-
nesse de Michel-Ange, évidemment inspirée d’une
Madonne en bas-relief de Donatello, dont nous
avons conservé un reflet dans deux morceaux
d’atelier, tous deux au Musée de Berlin : la
Madone Orlandini tc’est, avec des variantes, la
même composition, mais inverse), et surtout uue
plaquette cintrée, où une niche à coquille encadre
le sujet.

François Monod..

Collection Roger Marx

Vente d’objets d’art moderne, faite à la galerie.
Manzi-Joyant, le 13 mai, par M”‘ Lair-Dubreuil et
Henri Baudoin et M. Geo Rouard.

1. Besnard (M””). — Femme accroupie, statuette
en grès : 215.
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