Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 9.1861

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DE QUELQUES MARBRES ANTIQUES

ENVOYÉS D'ITALIE AU CONNÉTABLE DE MONTMORENCY

PENDANT L'ANNÉE 1555

Que diriez-vous d'un fin connaisseur, d'un véritable amateur des arts
qui, après s'être chargé de vous montrer en détail les différentes parties
d'un musée, vous laisserait au beau milieu d'une explication intéressante
et vous fausserait brusquement compagnie? Sans aucun doute, l'impa-
tience et le dépit feraient taire la reconnaissance, et les regrets seraient
d'autant plus vifs que la curiosité et l'intérêt auraient été plus sérieuse-
ment excités. C'est à peu près le sentiment qu'on éprouve lorsqu'on se
met à la suite de M. le comte de Laborde pour visiter avec lui le domaine
des arts qu'il connaît si bien. Il y a dans sa manière de travailler, et sur-
tout de publier, comme un semblant de taquinerie pour le lecteur qui se
trouve sans cesse désappointé en attendant vainement la suite et la fin
d'ouvrages commencés sous les meilleurs auspices, et remplis de
recherches curieuses. A quoi cela tient-il? Peut-on dire qu'il est à bout
d'haleine ou de ressources? Loin de là. On comprend, on sent que sa
mémoire et ses cartons sont encore bien garnis, et qu'il est loin d'avoir
vidé tout son écrin. Serait-ce que ses écrits ont peu de succès? Pas davan-
tage. Ses ouvrages, quoique inachevés, se placent, et se placent si bien
qu'au bout de peu de temps ils deviennent introuvables, et clans les ventes
publiques ils atteignent des prix impossibles. C'est au point qu'involon-
tairement on se remet en mémoire certaine plaisanterie inventée à propos
d'un célèbre romancier dont la femme, dit-on, par un sentiment de flat-
terie d'un nouveau genre, faisait acheter sous main tous les exemplaires
des romans de son mari le jour même de leur apparition. M. Léon de
Laborde n'a donc aucun prétexte pour laisser inachevés des ouvrages si
bien accueillis, et son public a bien le droit de le sommer de remplir
toutes ses promesses.
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