Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 9.1861

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EXPOSITION DE LYON

Le représentant de la Gazette des Beaux-Arts a été trop bien reçu à
Lyon pour qu'il lui soit permis d'adresser le moindre reproche aux
hommes honorables, aux excellents esprits, qui, poursuivant en province
une œuvre pareille à celle que nous avons nous-mêmes entreprise, com-
battent avec un zèle si heureux pour l'intérêt des artistes et l'éducation
du public. Mais il ne lui sera peut-être pas défendu de demander à la So-
ciété des Amis des Arts pourquoi, malgré des plaintes souvent formulées
et jamais entendues, elle persiste à installer ses expositions annuelles dans
les salles du Musée. N'est-il pas fâcheux d'enlever pendant plusieurs mois
à la contemplation des élèves, à la curiosité intelligente du passant, les
œuvres précieuses qui composent la collection municipale? Pour nous, si
désireux que nous soyons de ne contrister personne, nous devons avouer
que cette coutume nous paraît malséante, et que, lors de ces invasions
périodiques/nous en voulons un peu aux artistes modernes, moins pour
ce qu'ils nous montrent que pour ce qu'ils nous empêchent de voir. Hier
encore, en nous acheminant vers Lyon, pendant que le paysage déroulait
autour de nous ses tristes harmonies d'hiver, nous voyions apparaître,
dans la brume de nos souvenirs effacés, les plus radieuses pages du Mu-
sée, et notre esprit était en fête à la pensée de renouveler connaissance
avec le Moïse sauvé des eaux, de Véronèse, l'Ascension de Pérugin, les
Saints protégeant le monde, de Rubens, la Danaé de Tintoret, et tant
d'autres toiles où le génie des grandes écoles a si puissamment im-
primé son cachet. Inutiles souhaits, visions menteuses! A la place des
œuvres espérées, qu'avons-nous trouvé?... Des tableaux estimables sans
doute, des compositions signées de noms qui nous sont chers, mais qui,
malgré tout leur mérite, ne sauraient, sans irrévérence, usurper le rang
qui appartient aux maîtres, et prétendre procurer au visiteur la joie qu'il
s'était promise. De pareils mécomptes sont irritants, même pour les cri-
tiques les plus doux. Et voilà pourquoi, au lieu de débuter par des remer-
ciements, cet article commence par une plainte.

Il est vrai que nos récriminations ne s'adressent qu'indirectement à la

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