Gazette des beaux-arts: la doyenne des revues d'art — 9.1861

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DES SOCIÉTÉS DES AMIS DES ARTS

EN FRANGE

LEUR ORIGINE, LEUR ÉTAT ACTUEL, LEUR AVENIR

Le goût des beaux-arts en France est comme une plante exotique que
des hommes intelligents s'efforcent d'acclimater malgré l'indifférence
publique. De la part de la classe bourgeoise, cette indifférence est telle-
ment notoire, qu'il suffit, non pas d'avoir des rentes, mais de ne pas
aimer les beaux-arts, pour mériter le titre de bourgeois; et quant aux
masses populaires, si faciles à remuer avec un mot de politique bonne
ou mauvaise, non-seulement elles restent sourdes à toute insinuation ar-
tistique, mais elles ont prouvé plus d'une fois, dans nos villes et ailleurs,
combien les chefs-d'œuvre de l'architecture, de la sculpture et de la
peinture leur inspiraient peu d'amour et de respect. Si, au milieu de répu-
gnances aussi profondes, aussi générales, le goût des beaux-arts est
parvenu à s'implanter chez les petit—fils de Brennus, c'est grâce à l'édu-
cation de serre chaude dont ils ont été entourés dans tous les temps. 11
n'est pas un gouvernement appelé à diriger les destinées de la France qui
n'ait tenu à honneur de couvrir de sa protection les artistes et les œuvres
d'art. 11 n'est pas un homme éclairé qui n'ait compris que l'art est un
besoin social et qui n'ait consacré à l'entretenir et à le répandre son
influence, sa fortune et son temps. Aujourd'hui, le goût des beaux-arts,
toujours en progrès, vit encore sous la protection de cette double tutelle.
Pendant que le gouvernement dirige les grands travaux, ordonne les
œuvres monumentales, et prend l'initiative cle ces grandes expositions
parisiennes devenues une de nos gloires nationales, une aristocratie intel-
ligente ouvre aux applications plus familières de l'art, sur tous les points
de la France, des expositions régulières, encourage les talents naissants,
sème dans le sol ingrat de la province les œuvres de nos peintres et de
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